Tour d’horizon des acteurs qui pèseront sur le pouvoir à partir du 7 février 2026
À l’approche du 7 février 2026, date charnière pour l’avenir politique d’Haïti, plusieurs figures s’imposent déjà comme des acteurs incontournables de la prochaine Transition. Qu’ils soient leaders politiques, anciens chefs d’État, représentants du secteur privé ou chefs de gouvernement, ils joueront chacun un rôle déterminant dans l’architecture du pouvoir transitoire, en interaction étroite avec la communauté internationale, notamment les chancelleries occidentales.
Voici le portrait des sept personnalités appelées à compter dans la nouvelle Transition.
Claude Joseph – Le président du parti EDE
Ancien Premier ministre et ex-ministre des Affaires étrangères, Claude Joseph est parvenu à capitaliser sur l’héritage politique de Jovenel Moïse, assassiné le 7 juillet 2021. Omniprésent dans les médias comme sur le terrain, il demeure un acteur central des négociations politiques en cours, aussi bien au niveau national qu’international.
Toutefois, son image d’homme d’État a été écornée par sa récente tentative de s’accaparer du pouvoir aux côtés de Moïse Jean Charles et Fritz Jean. Cette séquence l’a placé dans une position contradictoire : critique des ingérences, il devra néanmoins composer avec les ambassades occidentales, en particulier celle des États-Unis, pour espérer jouer un rôle majeur dans la Transition.

André Michel – Le bras droit d’Ariel Henry
Avocat engagé et figure politique controversée, Maître André Michel reste étroitement associé à l’ancien Premier ministre Ariel Henry, dont il a été l’un des plus fidèles soutiens.
Ses principaux atouts :
Un courage politique reconnu, face aux tempêtes médiatiques et politiques. Une loyauté rare : il n’a jamais occupé de poste ministériel sous Ariel Henry, malgré son soutien indéfectible. Une « virginité politique » : aucun passé de gestion publique, aucun scandale de corruption connu. Aucune relation avec les gangs armés ; il est même l’un des adversaires les plus virulents de la coalition Viv Ansanm. Une ouverture internationale assumée. Une forte capacité de communication. L’échec du CPT l’a politiquement relégitimé : la gouvernance d’Ariel Henry apparaît, rétrospectivement, moins chaotique que celle du Conseil présidentiel de transition.
Son handicap majeur reste toutefois la nécessité de composer avec les autres proches d’Ariel Henry, dans un environnement politique fragmenté et conflictuel.

Jean-Bertrand Aristide – Le baron de Tabarre
Bien que ce soit Joël Édouard “Pacha” Vorbe qui mène aujourd’hui les négociations pour Fanmi Lavalas, l’ombre de Jean-Bertrand Aristide plane toujours sur la scène politique haïtienne.
Deux fois président de la République, l’ancien prêtre conserve des réseaux solides dans certaines chancelleries occidentales. Malgré l’affaiblissement de son parti, sa présence demeure symboliquement et politiquement significative.
Sa principale faiblesse réside dans le bilan catastrophique de Lesly Voltaire au sein du CPT, perçu comme un échec total, qui rejaillit indirectement sur Lavalas.

Moïse Jean Charles – La duplicité permanente
Ancien sénateur et candidat à la présidence en 2016, Moïse Jean Charles a toujours su se maintenir sur la scène politique, souvent par le populisme et la confrontation.
Sa capacité de nuisance, son discours radical et sa mobilisation de rue le rendent incontournable dans les négociations actuelles. Il a récemment participé à plusieurs réunions dans des ambassades occidentales et a déjà annoncé des mobilisations populaires à partir du 2 janvier 2026.
Son talon d’Achille demeure son entourage, notamment le conseiller Emmanuel Vertilaire, cité dans plusieurs scandales de corruption (BNC, mission diplomatique en République dominicaine), ainsi que sa réputation d’homme peu fiable, souvent accusé de ne pas assumer ses responsabilités dans les gouvernements auxquels il a participé.

Liné Balthazar – Le poulain de Michel Martelly
Le PHTK, malgré son discrédit, reste une force politique structurée. Son président, Liné Balthazar, est activement impliqué dans les négociations en cours et régulièrement convié aux réunions stratégiques.
Cependant, son principal handicap demeure l’ombre de son mentor, Joseph Michel Martelly, visé par des sanctions internationales, tout comme plusieurs figures majeures du parti. Un fardeau politique lourd dans un contexte de surveillance internationale accrue.

Laurent Saint-Cyr – Le président en exercice du CPT
Représentant du secteur privé des affaires, Laurent Saint-Cyr ambitionne de se maintenir comme président provisoire dans la prochaine Transition. Il bénéficie du soutien massif de la bourgeoisie haïtienne et reste très consulté par la communauté internationale.
Mais son bilan à la tête du Conseil présidentiel de transition pèse lourd : échec sécuritaire, dégradation économique et incapacité à organiser les élections promises. Une responsabilité politique difficilement contournable.

Didier Fils-Aimé – Le Premier ministre
Nommé pour faire face à l’insécurité et éradiquer les gangs de Viv Ansanm, Didier Fils-Aimé, fils de l’ancien député Alix Fils-Aimé, affiche l’ambition de rester à la Primature après le 7 février 2026.
S’il entretient pour l’instant de bonnes relations avec l’ambassade américaine, sa situation demeure fragile : le soutien perçu de Washington alimente l’idée qu’il serait un pion des États-Unis, tandis que la situation sécuritaire continue de se détériorer, affaiblissant sa crédibilité politique.

Ces sept figures, aux trajectoires et intérêts divergents, façonneront les contours de la prochaine Transition haïtienne. Entre ambitions personnelles, pressions internationales et crise multidimensionnelle, l’avenir du pays se jouera une fois encore dans un fragile équilibre entre pouvoir local et influences étrangères.