À peine signé, déjà fragilisé.
Le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, présenté comme une avancée majeure vers l’apaisement politique, montre ses premières fissures. Selon des informations recueillies par Alternance Média, un climat de méfiance s’installe entre le Premier ministre et certains signataires influents de l’accord.
Ce qui devait être un instrument de cohésion nationale risque-t-il de devenir un outil de captation du pouvoir ?
La bataille des ministères régaliens
Au centre des tensions : le contrôle des ministères régaliens et des grandes directions générales.
Plusieurs signataires dénoncent, en privé, la volonté du Premier ministre de concentrer ces postes stratégiques au profit exclusif de sa famille politique. Une démarche qui, si elle se confirmait, viderait le Pacte de son esprit de compromis.
Car soyons clairs : dans une transition politique, les ministères régaliens ne sont pas de simples portefeuilles administratifs. Ils constituent les leviers réels du pouvoir — sécurité, finances, justice, intérieur. Les contrôler, c’est contrôler l’État.
Et contrôler l’État seul, c’est rompre l’équilibre fragile qui a permis la signature du Pacte.
Réunion de crise entre signataires
Face à cette situation, une première réunion stratégique s’est tenue hier soir entre certains signataires majeurs. L’objectif : évaluer les risques et définir une position commune avant que la situation ne dégénère.
Les participants espèrent rencontrer le Premier ministre à son retour de la CARICOM afin de poser officiellement le problème.
Le message est clair : le Pacte n’est pas un blanc-seing.

Une légitimité sous surveillance
Le Premier ministre doit garder à l’esprit une réalité fondamentale : son pouvoir n’est pas issu des urnes.
Il procède d’un arrangement politique soutenu par la communauté internationale. Cela implique une obligation permanente de compromis.
Dans les transitions haïtiennes, l’équilibre des forces — réelles ou supposées — est une condition de survie politique. Toute tentative d’hégémonie peut entraîner une rupture brutale.
L’histoire récente d’Haïti est sans ambiguïté : même un président élu n’est pas invulnérable. Lorsque la rue gronde, les soutiens internationaux s’ajustent. Et lorsqu’ils s’ajustent, les rapports de force changent rapidement.
Un mauvais calcul politique ?
Déjà confronté à la réticence de certains partis qui n’ont pas adhéré au Pacte, le Premier ministre ne peut se permettre d’ouvrir un front interne supplémentaire.

S’il choisit la logique du contrôle plutôt que celle du consensus, il transformera un accord de stabilité en facteur d’instabilité.
La question n’est plus seulement administrative. Elle est stratégique.
Veut-on une transition inclusive, ou une transition verrouillée ?
Car dans le contexte haïtien, l’exclusion politique ne produit jamais la stabilité. Elle produit la rupture.
Et les premières fissures sont souvent les plus révélatrices.