Décryptage  L’ensemble de notre système de datation repose sur la date de naissance de Jésus. Pourtant, les communautés scientifiques et chercheurs en études bibliques s’accordent à dire qu’elle est fausse.

Chaque 25 décembre, des milliards de chrétiens à travers le monde célèbrent la naissance de Jésus-Christ. Crèches, messes, chants et traditions familiales donnent à cette date une dimension universelle. Pourtant, du point de vue historique, rien ne permet d’affirmer que Jésus est né un 25 décembre. Pire encore, les travaux des historiens et des exégètes montrent que cette date est très probablement symbolique et que la naissance de Jésus a eu lieu plusieurs années avant le début officiel de notre ère.

Une naissance sans date précise dans les Évangiles

Aucun des quatre Évangiles ne mentionne une date exacte pour la naissance de Jésus. Marc et Jean n’évoquent d’ailleurs même pas sa naissance. Matthieu et Luc, les seuls à en parler, proposent des récits différents, parfois contradictoires, qui visent avant tout à affirmer la nature messianique de Jésus plutôt qu’à établir une chronologie précise.

Ces textes ont été rédigés plusieurs décennies après les faits qu’ils rapportent. Leur objectif n’était pas historique au sens moderne, mais théologique. Chercher dans les Évangiles une date de naissance précise relève donc davantage de l’interprétation que de la certitude.

L’an zéro n’existe pas

Contrairement à une idée largement répandue, Jésus n’est pas né en l’an zéro, pour une raison simple : cette année n’existe pas. Dans l’Antiquité romaine, le temps était compté à partir du règne des empereurs ou de la fondation de Rome. Le concept du zéro, absent des mathématiques occidentales de l’époque, ne sera introduit en Europe que plusieurs siècles plus tard.

C’est au VIᵉ siècle que le moine Denys le Petit élabore le calendrier chrétien. En fixant la naissance de Jésus comme point de départ de l’ère chrétienne, il commet une erreur d’estimation aujourd’hui reconnue par les historiens. La naissance de Jésus aurait en réalité eu lieu entre 7 et 4 avant notre ère.

Hérode le Grand : un repère historique clé

L’Évangile selon Matthieu situe la naissance de Jésus sous le règne d’Hérode le Grand, roi de Judée. Or les sources historiques romaines, notamment l’historien Flavius Josèphe, établissent qu’Hérode est mort en -4 avant notre ère. Si Jésus est né de son vivant, sa naissance ne peut donc pas être postérieure à cette date.

Cet élément constitue l’un des arguments les plus solides pour situer la naissance de Jésus plusieurs années avant l’an 1, en contradiction avec notre calendrier actuel.

Le recensement de Quirinius : une contradiction chronologique

L’Évangile de Luc évoque également un recensement ordonné par l’empereur Auguste, sous l’autorité de Quirinius, gouverneur de Syrie. Or ce recensement est historiquement daté de l’an 6 après Jésus-Christ, soit environ dix ans après la mort d’Hérode.

Cette incohérence chronologique illustre les limites des récits bibliques lorsqu’ils sont lus comme des documents historiques stricts. Elle confirme que ces textes répondent à des logiques théologiques et symboliques, et non à une exigence de précision chronologique.

Le 25 décembre : un choix tardif et symbolique

Rien, ni dans la Bible ni dans les sources historiques, ne justifie le choix du 25 décembre. Les Évangiles mentionnent la présence de bergers gardant leurs troupeaux la nuit, une pratique incompatible avec l’hiver rigoureux de Judée. Les spécialistes estiment qu’une naissance au printemps ou à l’automne serait bien plus plausible.

Le 25 décembre est officiellement fixé au IVᵉ siècle par l’Église, dans un contexte de christianisation de l’Empire romain. Cette date coïncide avec des fêtes païennes très populaires célébrant le solstice d’hiver, notamment celle du Sol Invictus, le Soleil invaincu. En s’appropriant cette date, l’Église a facilité la transition des populations païennes vers le christianisme.

Tradition religieuse et vérité historique

Reconnaître que Jésus n’est probablement pas né le 25 décembre ne remet pas en cause la dimension spirituelle de Noël. Cette fête demeure un symbole central du christianisme, célébrant l’incarnation et l’espérance.

Mais il est essentiel de distinguer la tradition religieuse de la réalité historique. La foi n’exige pas l’ignorance des faits. Au contraire, elle peut coexister avec une lecture critique et éclairée de l’histoire.

Comprendre pour mieux croire, ou simplement savoir

Chez Alternance Média, nous défendons une approche fondée sur le décryptage et la connaissance. Comprendre que notre calendrier repose sur une approximation historique n’enlève rien à la portée culturelle et spirituelle de Noël. Cela rappelle simplement que l’histoire est une construction humaine, souvent façonnée par des choix politiques, religieux et symboliques.

Jésus de Nazareth est une figure historique majeure. Sa naissance, en revanche, demeure entourée d’incertitudes. Une chose est sûre : elle n’a probablement pas eu lieu le 25 décembre.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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