Il y a des chiffres qui parlent… et d’autres qui crient.

En ce 1er avril 2026, la gourde haïtienne continue sa lente glissade face au dollar américain. Le taux de référence de la BRH s’établit à 130,7034 gourdes pour 1 dollar, une valeur déjà révélatrice des tensions économiques persistantes. Mais c’est ailleurs que le véritable signal d’alarme retentit : sur le marché informel.

Là, la réalité est plus brutale. Le dollar s’achète à 131 gourdes et se vend jusqu’à 136 gourdes, avec un écart de 5 gourdes. Un écart qui en dit long sur la défiance, la spéculation… et l’absence de contrôle réel.

⚖️ Deux marchés, deux vérités

Ce que montrent ces chiffres, c’est une fracture désormais bien installée entre le marché officiel et le marché informel.

D’un côté, les banques commerciales affichent des taux relativement homogènes. Entre 129,25 et 129,75 gourdes à l’achat, et 131,75 gourdes à la vente, les marges restent contenues. Une apparente stabilité qui contraste fortement avec la volatilité du marché parallèle.

Mais cette stabilité est-elle réelle… ou artificielle ?

Les banques : régulation ou illusion ?

Les six principales banques — BNC, BUH, Capital Bank, Sogebank, Sogebel et Unibank — affichent des écarts de propagation allant de 2 à 2,5 gourdes.

Un spread maîtrisé, certes. Mais à qui profitent réellement ces taux ?

Dans un pays où l’accès au système bancaire reste limité pour une grande partie de la population, le marché informel devient, de fait, le véritable baromètre économique. C’est là que se fixent les prix réels, ceux qui impactent directement le panier de la ménagère, le coût du transport, ou encore les produits importés.

Une gourde sous pression constante

Derrière ces chiffres se cache une réalité plus profonde : la fragilité structurelle de l’économie haïtienne.

Faible production nationale Dépendance accrue aux importations Instabilité politique chronique Insécurité persistante

Autant de facteurs qui alimentent la demande en dollars et affaiblissent la gourde.

Le vrai danger : la perte de confiance

Mais le problème n’est pas seulement économique. Il est psychologique.

Quand la population cesse de croire en sa propre monnaie, le dollar devient roi. Et dans ce royaume informel, ce ne sont ni les institutions ni les banques qui dictent la loi… mais la rue.

Conclusion : entre contrôle et réalité

La BRH peut fixer un taux de référence. Les banques peuvent afficher leurs grilles. Mais tant que le marché informel dominera les échanges quotidiens, la vérité économique restera ailleurs.

Et cette vérité est simple :

la gourde ne se mesure pas seulement en chiffres… mais en confiance.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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