La flambée des prix des carburants en Haïti s’inscrit dans un contexte international tendu, notamment marqué par les conflits persistants au Moyen-Orient qui perturbent les marchés pétroliers mondiaux. Dans un communiqué conjoint du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) et du Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI), en date du 31 mars 2026, les autorités annoncent une hausse significative des prix à la pompe à compter du 2 avril. La gazoline passe de 560 à 725 gourdes (+29,5%), le gasoil de 620 à 850 gourdes (+37,1%) et le kérosène de 615 à 845 gourdes (+37,4%). Une augmentation brutale qui risque d’accentuer davantage la pression sur une économie déjà fragilisée, analyse dans son éditorial, Willy DESULMA, directeur adjoint de la rédaction en charge de l’économie.

Cette décision intervient dans un contexte où l’inflation en Haïti demeure élevée, oscillant autour de 20 à 25% ces dernières années selon les données de l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique. Le pouvoir d’achat des ménages est déjà fortement érodé, avec plus de 60% de la population vivant sous le seuil de pauvreté. L’augmentation des carburants, produit transversal par excellence, aura un effet multiplicateur sur l’ensemble des prix : transport, alimentation, services. En l’absence d’un ajustement salarial, cette hausse risque d’appauvrir davantage les couches les plus vulnérables et d’amplifier les inégalités sociales.

Sur le terrain, la capacité de l’État à faire appliquer ces prix reste largement remise en question. Déjà avant cette révision, les écarts étaient flagrants : aux Gonaïves, le gallon de gazoline se vendait autour de 650 gourdes, et jusqu’à 750 gourdes à Gros-Morne, bien au-dessus des prix officiels. Cette disparité s’explique notamment par les multiples coûts informels (droits de passage, insécurité, logistique), traduisant une défaillance de la régulation publique. Cette même incapacité s’observe dans le secteur du transport, où les tarifs fixés par l’État sont ignorés dans plus de 90% des cas. Par exemple, le trajet Gonaïves Port-au-Prince varie entre 4000 et 5000 gourdes, contre un tarif officiel d’environ 1000 gourdes, soit une hausse réelle de 400 à 500%.

Face à cette réalité, une question fondamentale se pose : l’État haïtien doit-il continuer à fixer administrativement les prix, au risque de perdre toute crédibilité, ou laisser le marché s’autoréguler comme le suggère la théorie classique ? Dans tous les cas, l’absence de contrôle effectif et de politiques d’accompagnement (subventions ciblées, soutien aux ménages, régulation du transport) expose le pays à une aggravation des tensions sociales. Dans un climat déjà marqué par l’insécurité et la précarité, cette nouvelle hausse pourrait devenir un facteur déclencheur de mouvements de contestation, voire d’instabilité politique accrue.

By Willy DESULMA

Willy DÉSULMA, Normalien diplômé de l’École Normale Supérieure et économiste formé à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de l’Université d’État d’Haïti, est journaliste et responsable de l’information à Alternance Média TV. Passionné par la diffusion d’une information claire et fiable, il s’engage à informer avec rigueur et professionnalisme. Expert en analyse économique et éducation, il combine savoir et expertise pour éclairer l’actualité et contribuer au débat public.

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