À quelques mètres seulement de l’aéroport international Toussaint Louverture International Airport, vitrine supposée du pays, s’étend une réalité bien moins reluisante : celle d’une commune de Tabarre livrée à elle-même. Insalubrité chronique, infrastructures dégradées, circulation paralysée — le tableau est celui d’un abandon progressif, aujourd’hui devenu critique, analyse dans son éditorial Willy DESULMA, directeur adjoint de la rédaction d’ « ALTERNANCE MÉDIA « .
Le cas du Carrefour Rita illustre à lui seul l’ampleur du problème. Ce point névralgique, pourtant stratégique pour la mobilité, est désormais coupé du reste de la commune. Résultat : un trafic asphyxié, des riverains contraints à des détours interminables, et une économie locale au ralenti. Plus alarmant encore, des pratiques informelles s’y installent : des citoyens, faute d’alternative, paient pour être transportés à dos d’homme afin de traverser la zone. Une scène surréaliste dans un espace situé à proximité immédiate d’une infrastructure internationale.
Mais au-delà de la circulation, c’est tout le fonctionnement social qui vacille. L’état de cet axe paralyse désormais les activités scolaires. Élèves et parents arrivent quotidiennement en retard, prisonniers d’un réseau routier devenu impraticable. Certains doivent contourner une grande partie de la commune, empruntant des trajets improvisés, trois à quatre fois plus longs, souvent jalonnés d’obstacles supplémentaires.
Des directeurs d’établissements témoignent, impuissants : des élèves arrivent parfois aux environs de 10 heures du matin, alors que les cours débutent à 7 heures. Une situation qui compromet gravement l’apprentissage, désorganise le système éducatif et creuse davantage les inégalités.
Au-delà de l’inconfort, la situation soulève de graves enjeux de libre circulation, de santé publique et de gestion urbaine. L’insalubrité gagne du terrain, les risques sanitaires augmentent, et l’absence d’aménagement fragilise encore plus les populations déjà vulnérables.
Face à ce constat, le silence des autorités interpelle. Plus troublante encore est la concentration de pouvoir au sein de certains cercles politiques. Le parti Fanmi Lavalas, historiquement dirigé par Jean-Bertrand Aristide, exerce aujourd’hui une influence notable au sein de l’appareil d’État.
Dans la configuration gouvernementale dirigée par Alix Didier Fils-Aimé, plusieurs figures associées à ce courant occupent des postes stratégiques.
Joseph Almathe Pierre Louis dirige le ministère des Travaux publics, Transports et Communications (TPTC), un portefeuille clé dans la gestion des infrastructures.
Sinal Bertrand est à la tête du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), dans un contexte sanitaire fragile.
Axène Joseph occupe le poste de chef de cabinet du Premier ministre, au cœur de la coordination gouvernementale.
Enfin, Arsonvil Alexandre assure la gestion de la mairie de Tabarre.
Dès lors, une question fondamentale s’impose : comment expliquer qu’une commune aussi stratégique, où se concentre une telle présence politique et institutionnelle, soit aujourd’hui dans un état d’abandon aussi avancé ?
L’écart entre les responsabilités exercées et la réalité vécue par la population devient de plus en plus difficile à ignorer. À Tabarre, ce ne sont pas les structures de pouvoir qui manquent — ce sont les résultats.
Loin des tribunes et des déclarations symboliques, la population attend des actions concrètes. La gestion d’une commune ne se mesure pas à la force des discours, mais à la qualité des routes, à la fluidité de la circulation, à la salubrité des espaces publics et au respect de la dignité humaine.
Tabarre n’a pas seulement besoin d’attention. Elle a besoin d’un leadership éclairé, d’une vision structurée et d’une volonté réelle de transformer les promesses en réalisations. En l’état, la commune demeure le symbole d’un paradoxe haïtien : des zones stratégiques livrées à l’abandon, sous le regard silencieux de ceux qui prétendent les diriger.