Nantes,19 avril 2026 — Un geste rare, chargé de mémoire et de symboles. À l’occasion de l’inauguration du Mât de la fraternité et de la mémoire, un monument dédié aux victimes de la traite négrière, un Français de 85 ans a publiquement présenté ses excuses pour les crimes commis par ses ancêtres impliqués dans le commerce triangulaire.

Un acte de contrition inédit en France

Face à plusieurs personnalités, dont l’ambassadeur d’Haïti en France et des représentants associatifs, Pierre Guillon de Princié, descendant d’une famille d’armateurs négriers nantais, a pris la parole avec gravité :

« C’est un soulagement pour moi […] de pouvoir présenter mes excuses pour les actes de mes ancêtres. »

Une déclaration forte dans un pays où ce type de reconnaissance publique reste exceptionnel. Si des démarches similaires se multiplient au Royaume-Uni ou aux États-Unis, elles demeurent rares en France.

Un passé lourd : 4 500 captifs déportés

L’octogénaire n’a pas cherché à minimiser les faits. Il a rappelé avec précision le rôle joué par sa famille dans la traite atlantique :

  • 6 navires nĂ©griers armĂ©s depuis Nantes
  • 18 expĂ©ditions entre 1766 et 1788
  • 4 500 Africains dĂ©portĂ©s vers les colonies
  • Plus de 200 morts en mer

Ses ancêtres, dont Daniel Jean Guillon et Jean Baptiste Christophe Guillon, s’étaient également installés à Saint-Domingue (actuelle Haïti), où ils exploitaient des plantations sucrières reposant sur le travail forcé d’esclaves.

Ces faits, aujourd’hui reconnus comme des crimes contre l’humanité, continuent de peser sur les mémoires collectives.


🇭🇹 Haïti, au cœur des excuses

Dans son discours, Pierre Guillon de Princié a adressé une attention particulière au peuple haïtien :

« Avec une compassion toute particulière vers le peuple d’Haïti, doublement agressé par l’esclavage et par la dette injuste qui lui a été imposée. »

Une référence directe à l’indemnité imposée à Haïti par la France au XIXe siècle après son indépendance — un fardeau historique encore dénoncé aujourd’hui.

Un geste symbolique, mais assumé

Au-delà des mots, le descendant d’armateurs a annoncé :

  • Un don immĂ©diat de 5 000 euros Ă  l’association HaĂŻti Futur
  • La mise en place d’un soutien financier mensuel durable

Il reconnaît toutefois les limites de ce geste :

« Cette somme reste très symbolique […] elle n’est pas à la mesure des souffrances infligées. »

Vers une mémoire partagée et des identités nouvelles

Présent lors de la cérémonie, le militant martiniquais Thomas Dieudonné Boutrin, lui-même descendant d’esclaves, a replacé cet acte dans une perspective plus large :

« Nous ne sommes pas responsables du passé, mais nous sommes responsables du présent et du futur. »

Il appelle à dépasser les fractures historiques pour construire une société fondée sur la fraternité :

« Il faudra recomposer des identités nouvelles […] aller vers la fraternité entre les peuples. »

Nantes, un lieu hautement symbolique

L’emplacement du monument n’est pas anodin. Jusqu’au XIXe siècle, Nantes fut le principal port négrier français, point de départ de nombreuses expéditions vers l’Afrique et les Antilles.

Le Mât de la fraternité et de la mémoire s’inscrit ainsi dans un effort croissant de reconnaissance historique, au cœur même d’un ancien lieu de déportation.

✍️ Analyse — Entre mémoire, responsabilité et réparation

Ce geste individuel, bien que symbolique, soulève des questions profondes :

  • Peut-on rĂ©parer l’irrĂ©parable ?
  • Les excuses individuelles ont-elles un poids politique ?
  • L’État français doit-il aller plus loin dans la reconnaissance et la rĂ©paration ?

Si les réponses restent débattues, une chose est certaine :
la mémoire de l’esclavage continue de façonner les relations entre la France et les sociétés caribéennes.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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