Ces quatre accusations ont été « jugées fondées à la suite des enquêtes » et transmises aux autorités nationales compétentes.
Une nouvelle affaire vient entacher la présence internationale en Haïti et raviver un débat sensible : celui de la responsabilité des forces étrangères déployées pour sécuriser le pays.
Selon des informations confirmées par le porte-parole du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Stéphane Dujarric, quatre accusations d’exploitation et d’atteintes sexuelles impliquant des membres de la mission multinationale ont été jugées fondées à l’issue d’enquêtes menées par les instances compétentes.
DES FAITS D’UNE EXTRÊME GRAVITÉ
Les faits rapportés concernent :
- le viol d’une enfant de 12 ans
- le viol de deux adolescentes de 16 ans
- des violences sexuelles sur une jeune femme de 18 ans
Ces actes auraient été commis en 2025 par des membres de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), déployée en Haïti depuis 2024 pour appuyer une police nationale débordée par la violence des gangs. Bien que cette mission ne soit pas directement une opération de maintien de la paix de l’ONU, elle agit sous mandat du Conseil de sécurité, ce qui implique un cadre de responsabilité internationale.
ENQUÊTES TRANSMISES, MAIS QUELLES SUITES ?
Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme affirme avoir mené les investigations et transmis les conclusions aux États concernés, appelés désormais à engager d’éventuelles poursuites. Cependant, aucune information n’a été communiquée sur l’identité ou la nationalité des auteurs présumés, ni sur les mesures concrètes envisagées. Cette absence de transparence alimente les inquiétudes sur une possible impunité.
UN SILENCE QUI INTERROGE AU SOMMET DE L’ÉTAT
Au moment où ces révélations suscitent une vive émotion, le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, n’a pas évoqué cette affaire lors de son discours à l’Assemblée générale de l’ONU le 23 avril.
Ce silence, dans un contexte aussi grave, soulève des interrogations sur la posture des autorités face à des accusations touchant directement des victimes haïtiennes.
UN SCÉNARIO DÉJÀ VU EN HAÏTI
Ce scandale rappelle des précédents marquants. Entre 2004 et 2017, des membres de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) avaient déjà été impliqués dans des affaires similaires.
Ces épisodes ont profondément marqué l’opinion publique et laissé une trace durable de méfiance envers les interventions internationales.
LES ONG TIRENT LA SONNETTE D’ALARME
L’organisation Human Rights Watch a réagi en appelant à des garanties renforcées pour éviter la répétition de tels abus, notamment dans le cadre de la future Force de répression des gangs (FRG) appelée à succéder à la MMAS.
Dans un communiqué, l’ONG souligne que « Les femmes et les filles font déjà face à des violences sexuelles généralisées en Haïti. Les forces internationales envoyées pour restaurer la sécurité ne devraient pas aggraver ces abus. »
UNE QUESTION DE CRÉDIBILITÉ INTERNATIONALE
Alors que la mission multinationale a été présentée comme une réponse urgente à l’insécurité, ces accusations fragilisent sa crédibilité et soulèvent une question essentielle : peut-on restaurer l’ordre en violant les principes fondamentaux des droits humains ?
UNE EXIGENCE DE JUSTICE
Face à la gravité des faits, plusieurs exigences s’imposent :
- une transparence totale sur les enquêtes
- des poursuites judiciaires effectives
- des sanctions exemplaires
Dans un pays déjà profondément éprouvé, la protection des plus vulnérables ne peut être compromise.
La sécurité ne peut exister sans justice.