Pendant que les chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM sont réunis à Sainte Lucie pour leur cinquante et unième conférence ordinaire, une question mérite d’être posée avec franchise : qu’est ce qu’Haïti retire réellement de son appartenance à cette organisation régionale , s’ interroge , dans son éditorial, Ralph Siméon, éditorialiste « Alternance Média «
Depuis plusieurs décennies, Haïti participe aux réunions, contribue aux débats et affiche sur son passeport la mention « Communauté caribéenne ». Pourtant, lorsqu’un citoyen haïtien souhaite voyager dans plusieurs États membres de cette même communauté, il se heurte à une réalité humiliante. Il doit, dans la plupart des cas, solliciter un visa avant son départ. À l’inverse, de nombreux ressortissants des autres pays membres circulent beaucoup plus facilement dans l’espace caribéen.
Cette situation soulève une question fondamentale. À quoi sert une communauté si ses membres ne bénéficient pas d’un traitement fondé sur la réciprocité et le respect mutuel ?
Une communauté régionale ne peut fonctionner durablement que si les droits et les obligations sont partagés de manière équitable. Lorsque certains États profitent des avantages de l’intégration tout en imposant des restrictions particulières à un autre membre, le principe même de solidarité régionale perd toute sa crédibilité.
Haïti est membre à part entière de la CARICOM. Elle n’est ni un observateur ni un partenaire extérieur. Elle est également le pays le plus peuplé de l’organisation avec près de douze millions d’habitants. Son poids historique, culturel et démographique est considérable dans la Caraïbe. Pourtant, ce poids ne semble pas se traduire par un traitement équitable.
Bien entendu, certains gouvernements invoquent les défis sécuritaires ou migratoires pour justifier leurs politiques de visas envers les ressortissants haïtiens. Ces préoccupations relèvent de leur souveraineté et peuvent être entendues. Mais une communauté régionale digne de ce nom devrait être capable de trouver des mécanismes communs permettant de concilier sécurité et libre circulation, plutôt que de faire peser l’essentiel des restrictions sur un seul peuple.
Au delà de la question des visas, beaucoup d’Haïtiens ont également le sentiment que la CARICOM adopte souvent une posture de donneur de leçons envers Haïti sans offrir un accompagnement proportionnel aux immenses défis auxquels le pays est confronté. Les déclarations de soutien se multiplient, mais les résultats concrets demeurent limités.
Si la CARICOM souhaite préserver sa crédibilité, elle devrait engager une réflexion sérieuse sur les conditions de circulation des citoyens haïtiens au sein de l’organisation et sur le respect du principe de réciprocité entre ses membres.
À défaut d’une évolution tangible, Haïti serait en droit de réévaluer les bénéfices de son appartenance à cette communauté. Une adhésion à une organisation régionale n’a de sens que lorsqu’elle procure des avantages réels, protège les intérêts de tous ses membres et repose sur le respect mutuel.
Le débat est ouvert. La CARICOM est elle véritablement une communauté d’États égaux ou une organisation où certains membres sont plus égaux que d’autres ?
Voilà la question que la cinquante et unième conférence de Sainte Lucie ne pourra pas éluder indéfiniment.