Pendant que le peuple haïtien enterre ses morts, fuit ses quartiers et survit dans la peur, le pouvoir semble vivre dans un autre monde.

Le mardi 16 juin, alors que le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, foulait le sol haïtien pour constater l’ampleur de la catastrophe nationale, un nouveau massacre se déroulait à Cité Soleil. Plus d’une centaine de personnes auraient été tuées dans des affrontements entre gangs rivaux. Une tragédie de plus dans un pays où les massacres se succèdent désormais dans une effrayante banalité, relève, dans son éditorial, Tanes DESULMA, directeur de la rédaction « Alternance Média « 

Les cadavres se comptent par milliers depuis plusieurs années. Les enlèvements se comptent par centaines. Les femmes sont violées. Les commerces pillés. Les routes nationales coupées. Des milliers de citoyens sont forcés d’abandonner leurs maisons pour échapper aux balles et aux incendies criminels.

Le cas le plus emblématique de ces derniers jours reste l’enlèvement de James Boyard, inspecteur général et chef de cabinet du ministre de la Défense. Kidnappé à Bourdon, à quelques minutes seulement de la Primature, son enlèvement envoie un message glaçant à toute la population : si un haut responsable de l’État n’est plus en sécurité, qui peut encore prétendre l’être ?

Pendant ce temps, que fait le gouvernement ?

Que fait le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé face à l’effondrement accéléré de l’État ?

Les Haïtiens attendaient des mesures exceptionnelles. Ils espéraient une mobilisation générale des institutions. Ils réclamaient des résultats concrets dans la lutte contre les gangs qui contrôlent désormais une grande partie du territoire national.

Au lieu de cela, ils assistent à un spectacle affligeant.

Alors que les familles déplacées s’entassent dans des camps de fortune, alors que des policiers tombent presque chaque semaine sous les balles des groupes armés, alors que des enfants grandissent dans la peur et l’incertitude, le pouvoir paraît davantage préoccupé par la distribution de privilèges que par la protection de la population.

Les accusations se multiplient concernant l’octroi de contrats de services, de marchés publics, d’exonérations fiscales et d’autres avantages accordés à des proches du pouvoir et à certains milieux économiques influents. Pendant que la majorité des Haïtiens lutte pour survivre, quelques-uns continuent de prospérer grâce à leur proximité avec les centres de décision.

Plus choquant encore, le déplacement du Premier ministre à Boston à l’occasion du premier match de la sélection nationale a suscité une profonde indignation. Selon plusieurs sources, une importante délégation composée de ministres, de membres du cabinet et de proches l’aurait accompagné.

Dans n’importe quel pays confronté à une crise aussi grave, la sobriété devrait être la règle. Chaque gourde de l’État devrait être consacrée à la sécurité, à l’assistance humanitaire, au soutien des déplacés et au renforcement des institutions publiques.

Mais en Haïti, au moment où le pays traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente, certains responsables semblent davantage préoccupés par leur confort et leurs privilèges.

Quelle image renvoie-t-on aux citoyens qui dorment sous des bâches après avoir fui les gangs ?

Quelle image renvoie-t-on aux policiers qui risquent leur vie chaque jour avec des moyens insuffisants ?

Quelle image renvoie-t-on aux mères qui ne savent pas si leurs enfants reviendront vivants de l’école ?

La vérité est brutale : le fossé entre les dirigeants et la population n’a jamais semblé aussi grand.

Les Haïtiens ne demandent pas des miracles. Ils demandent du leadership. Ils demandent du respect. Ils demandent de la transparence. Ils demandent que ceux qui gouvernent comprennent enfin l’urgence nationale.

L’histoire retiendra les décisions prises durant cette période tragique. Elle retiendra ceux qui auront servi l’intérêt général et ceux qui auront préféré leurs intérêts particuliers.

Mais avant le jugement de l’histoire, il y a celui du peuple.

Et ce peuple observe.

Il voit les massacres.

Il voit les enlèvements.

Il voit les déplacés.

Il voit les dépenses.

Il voit les privilèges.

Il voit les silences.

Et il pose aujourd’hui une question simple à ceux qui dirigent le pays :

M. le Premier ministre, vous n’avez pas honte ? Quelle indignité !

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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