Le secrétaire général de l’Organisation des États américains assure n’avoir jamais soutenu la date retenue par le CEP pour le premier tour. Préparatifs électoraux « insuffisants », inscriptions à accélérer, insécurité persistante : les autorités haïtiennes se retrouvent face à une question désormais incontournable : le pays sera-t-il réellement prêt à organiser un scrutin crédible ?
Le 13 décembre 2026 tient toujours sur le papier. Mais manifestement, pas dans les certitudes de l’Organisation des États américains (OEA).
Interrogé vendredi 11 septembre lors d’une conférence de presse avec des journalistes de la région, Albert Ramdin a tenu à lever toute ambiguïté sur une échéance que certains pouvaient croire soutenue par la communauté internationale.
« Je ne me souviens pas avoir dit, à un quelconque moment, que nous souhaitions que les élections se tiennent le 13 décembre. En réalité, j’ai toujours évité de mentionner le 13 décembre comme date électorale », a-t-il déclaré.
La mise au point est de taille. Alors que le Conseil électoral provisoire (CEP) maintient officiellement cette date pour le premier tour, le patron de l’organisation interaméricaine refuse de l’endosser.
Des préparatifs jugés « insuffisants »
Son diagnostic est sévère. Sécurité, gangs, inscription des électeurs, identification des bureaux de vote, formation du personnel électoral, impression des bulletins : la liste des chantiers encore ouverts est longue.
« Le niveau de préparation des élections […] me semble insuffisant », tranche le secrétaire général. « Il y a énormément de travail à accomplir. »
L’enregistrement des électeurs constitue l’un des principaux points d’alerte. Le diplomate surinamais réclame une accélération du processus et une campagne médiatique beaucoup plus soutenue pour inciter les citoyens à s’inscrire. Faute de quoi, prévient-il, des interrogations pourraient surgir en Haïti comme au sein de la communauté internationale sur la crédibilité du scrutin.
Mais derrière les difficultés techniques se dresse un obstacle autrement plus lourd : la sécurité.
La coalition gouvernementale autour du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dans laquelle figurent notamment des forces issues du PHTK, de AAA, de KONA , VIKTWA et de Lavalas, peine jusqu’ici à apporter une réponse capable d’endiguer durablement la violence armée. La recrudescence des enlèvements dans la capitale haïtienne vient encore compliquer l’équation électorale.
Comment ouvrir et sécuriser des centres de vote, acheminer le matériel, déployer le personnel électoral et permettre aux citoyens de se rendre aux urnes si l’État ne parvient pas à garantir la libre circulation dans une partie de la région métropolitaine ? La bataille du calendrier se joue désormais autant sur le terrain sécuritaire que dans les bureaux du CEP.
Le gouvernement et le CEP face à leurs responsabilités
L’institution hémisphérique se garde toutefois de dicter à Haïti une nouvelle date. Son secrétaire général est catégorique : ni lui, ni l’OEA, ni la communauté internationale ne doivent décider du moment où les Haïtiens iront aux urnes.
« Cette décision appartient aux autorités haïtiennes », rappelle-t-il, plaidant pour un dialogue sur la date et, surtout, sur les conditions permettant de garantir la crédibilité du scrutin.
La responsabilité revient, selon lui, « en premier lieu » au Conseil électoral provisoire ainsi qu’au bureau du Premier ministre.
Le message est difficile à esquiver. Si le pouvoir entend maintenir le 13 décembre, le CEP et le gouvernement Fils-Aimé devront démontrer que le pays est réellement en mesure d’organiser des élections crédibles et suffisamment sécurisées.
« La question est donc : Haïti est-elle prête pour cela ? »
L’état des lieux dressé par le dirigeant de l’organisation continentale ne pousse guère à l’optimisme.
Les réserves venues de l’institution interaméricaine rejoignent d’ailleurs un doute déjà largement installé dans le débat national. De nombreux partis politiques, spécialistes des élections et experts en sécurité estiment que les conditions ne sont pas réunies pour respecter le calendrier annoncé.
Car l’enjeu n’est plus seulement de tenir une date. Organiser coûte que coûte des élections alors que les préparatifs restent incomplets, que l’insécurité persiste et que les enlèvements frappent à nouveau la capitale pourrait nourrir davantage la contestation que restaurer la légitimité démocratique.
Le patron de l’OEA n’enterre pas formellement le scrutin du 13 décembre. Mais il refuse d’endosser cette échéance, juge les préparatifs insuffisants et replace la responsabilité là où elle se trouve : entre les mains du CEP et du gouvernement.
Le 13 décembre demeure inscrit au calendrier. À trois mois du rendez-vous, il appartient désormais aux autorités haïtiennes de démontrer qu’il est autre chose qu’une date sur le papier.