Enlevé le 11 juin avec sa fille, le professeur d’université, inspecteur général de la PNH et chef de cabinet du ministre de la Défense Mario Andrésol reste aux mains de ses ravisseurs. Le 1er septembre, sa sœur Marie Daphné Boyard Laguerre et deux autres membres de la famille ont été reçus par le ministre de la Défense. À quelques jours de son anniversaire, ses proches redoutent que son dossier ne soit relégué au second plan et réclament une mobilisation des plus hautes autorités de l’État.

PORT-AU-PRINCE — Près de trois mois après son enlèvement, une question reste sans réponse : où est James Boyard ?

Kidnappé le 11 juin dernier avec sa fille, le professeur d’université demeure en captivité. Mais son cas revêt une dimension particulière : James Boyard n’est pas seulement un universitaire ayant consacré une partie de ses travaux aux questions de sécurité. Il est également inspecteur général de la Police nationale d’Haïti (PNH) et chef de cabinet du ministre de la Défense, Mario Andrésol.

Trois mois plus tard, sa famille attend toujours son retour et dit vivre une épreuve devenue insoutenable.

Le 1er septembre, la famille reçue au ministère de la Défense

Le 1er septembre 2026, Marie Daphné Boyard Laguerre, sœur de James Boyard, accompagnée de deux autres membres de la famille, s’est rendue au ministère de la Défense. Tous trois ont été reçus par Mario Andrésol.

Selon Marie Daphné Boyard Laguerre, la rencontre a été particulièrement éprouvante. Les larmes aux yeux, elle a demandé au ministre de ne pas abandonner son frère aux mains de ses ravisseurs et de poursuivre les efforts nécessaires pour le retrouver et obtenir sa libération.

À quelques jours de l’anniversaire de James Boyard, l’inquiétude s’intensifie. Sa sœur décrit également une situation familiale extrêmement difficile. Selon elle, leur mère est profondément affectée et se trouve dans une situation particulièrement préoccupante depuis l’enlèvement de son fils.

Pour les proches, le temps qui passe nourrit désormais un douloureux sentiment d’abandon.

Un haut cadre de la sécurité toujours captif

Ce sentiment interpelle directement la chaîne de responsabilité politique et sécuritaire.

Le ministre de la Défense, Mario Andrésol, dont James Boyard est le chef de cabinet ; le ministre de la Justice, Patrick Pélissier ; le ministre de l’Intérieur, Paul Antoine Bien-Aimé ; le directeur général de la PNH, Jonas Vladimir Paraison ; mais aussi le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, à la tête du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), sont confrontés à une question embarrassante : comment un haut cadre de l’appareil sécuritaire de l’État peut-il rester aussi longtemps aux mains de ravisseurs ?

La famille attend désormais des résultats concrets.

Car le cas Boyard dépasse progressivement le drame familial. Il devient le symbole d’une faiblesse institutionnelle beaucoup plus profonde : si l’État peine à retrouver un inspecteur général de la PNH qui est, de surcroît, le chef de cabinet du ministre de la Défense, comment peut-il convaincre le citoyen ordinaire qu’il est en mesure de le protéger ?

Il avait alerté sur les failles de la sécurité

L’histoire est d’autant plus saisissante que James Boyard avait précisément consacré une partie de son travail intellectuel à cette crise.

Dès 2021, dans son ouvrage Le Procès de l’insécurité, l’universitaire analysait les failles de la gouvernance sécuritaire haïtienne et proposait notamment « de nouveaux mécanismes de gouvernance de la sécurité ».

À travers ses recherches, ses enseignements et ses interventions publiques, il n’a cessé d’interroger l’incapacité de l’État à apporter une réponse durable à l’insécurité.

Aujourd’hui, celui qui étudiait les défaillances du système sécuritaire en est lui-même victime.

La situation prend presque valeur de symbole : un spécialiste de la sécurité, inspecteur général de la Police et haut responsable du ministère de la Défense se retrouve prisonnier du phénomène qu’il avait précisément tenté de comprendre et de combattre.

Et le pays prépare des élections

L’affaire Boyard soulève enfin une autre question, éminemment politique.

Pendant que des familles continuent de vivre sous la menace des enlèvements et que même un haut responsable de l’appareil sécuritaire reste en captivité, les autorités poursuivent la préparation des prochaines élections.

Mais une élection ne se résume pas à un calendrier, à l’inscription des candidats ou à l’ouverture de bureaux de vote. Elle suppose que les candidats puissent faire campagne, que les électeurs puissent circuler et que les citoyens puissent se rendre aux urnes sans craindre d’être kidnappés, tués ou chassés de leur quartier.

Le cas James Boyard vient donc renforcer les interrogations sur la capacité du pays à organiser, dans les conditions sécuritaires actuelles, des élections réellement libres et accessibles.

Avant de convaincre la population que le pays est prêt à voter, l’État doit d’abord démontrer qu’il est capable d’exercer son autorité et d’assurer la sécurité.

À quelques jours de l’anniversaire de James Boyard, sa famille attend plus que des paroles. Elle réclame des efforts soutenus, un signe de vie et, surtout, son retour auprès des siens.

Près de trois mois après son enlèvement, la question adressée aux plus hautes autorités du pays demeure entière :

Où est James Boyard ?

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