Éditorial

Une fois de plus, le pouvoir en place vient de démontrer qu’il n’écoute ni les institutions nationales, ni les forces politiques du pays, ni même les principes élémentaires de l’État de droit. Il n’écoute qu’une seule voix : celle de la communauté internationale, rappelle dans son éditorial, Tanes DESULMA, directeur de la rédaction « ALTERNANCE MÉDIA « 

Le bras de fer qui oppose depuis plusieurs jours le Conseil Électoral Provisoire (CEP) à la Primature en est la parfaite illustration.

Tout a commencé avec la publication controversée du décret électoral et la nomination, le 3 juin dernier, d’Uder Antoine comme directeur général du CEP par le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé. Une décision qui constituait déjà une intrusion manifeste dans les prérogatives exclusives du Conseil électoral.

Le même jour, le CEP a réagi avec fermeté en révoquant Uder Antoine de son poste de directeur exécutif, lui reprochant d’avoir accepté une nomination politique incompatible avec les fonctions qu’il exerçait déjà au sein de l’institution.

Mais le problème dépasse largement le cas Antoine.

Le CEP a eu le courage de dénoncer un décret électoral qu’il considère non seulement comme inconstitutionnel, mais également techniquement inapplicable. Plus grave encore, les conseillers électoraux ont accusé la Primature de vouloir transférer au directeur général des pouvoirs qui relèvent exclusivement de la compétence du Conseil électoral.

Autrement dit, derrière les apparences administratives se cachait une tentative de mise sous tutelle du CEP.

Face à cette dérive, plusieurs voix se sont élevées. D’anciens Premiers ministres, des responsables de partis politiques, des personnalités influentes de la vie publique ont exprimé leur soutien au CEP. Claude Joseph, Jean-Michel Lapin, André Michel, Jean Ronel Sistanis, Serge Pierre P. Louis, Simon Dieuseul Desras ou encore Lucmane Delille ont tous dénoncé l’attitude du gouvernement.

Pourtant, rien ne semblait pouvoir faire reculer la Primature.

Selon des informations obtenues par Alternance Média, certains proches du pouvoir envisageaient même la révocation des neuf conseillers électoraux afin de disposer d’un CEP totalement soumis aux volontés du gouvernement.

Mais c’est à ce moment qu’un autre acteur est entré en scène : la communauté internationale. Et soudainement, le ton a changé.

Les mêmes autorités qui ignoraient les critiques des acteurs haïtiens ont commencé à rechercher le dialogue. Les mêmes responsables qui semblaient prêts à affronter le CEP ont découvert les vertus de la négociation.

Pourquoi ? Parce que les partenaires internationaux ont clairement indiqué à la Primature qu’il n’était pas question de déstabiliser davantage le Conseil électoral.

Des rencontres ont alors été organisées. Une première le samedi entre le président du CEP, Jacques Desrosiers, plusieurs conseillers et la Primature. Une seconde, dimanche 7 juin, qui aurait duré plus de six heures.

Selon une source impliquée dans les discussions, plusieurs modifications sont désormais envisagées : réduction des pouvoirs attribués au directeur général, clarification de certaines dispositions du décret et rééquilibrage institutionnel.

Autrement dit, ce que le CEP réclamait depuis le début.

Cette séquence est révélatrice d’un mal profond de notre gouvernance. Les dirigeants haïtiens semblent incapables d’écouter les institutions nationales lorsqu’elles défendent leurs prérogatives. Il faut systématiquement l’intervention d’un ambassadeur, d’un représentant étranger ou d’un partenaire international pour les contraindre à revenir à la raison.

C’est là une humiliation pour l’État haïtien.

Le CEP n’a pas besoin d’être protégé par Washington, Ottawa, Paris ou Bruxelles pour faire respecter la Constitution. Il devrait suffire que les autorités haïtiennes respectent elles-mêmes les règles qu’elles prétendent défendre.

À moins de six mois de l’échéance fixée pour l’organisation des élections devant conduire à l’installation d’un nouveau président le 7 février 2027, le temps perdu dans ces querelles institutionnelles est considérable.

Le gouvernement peut-il encore respecter ses engagements ?

Rien n’est moins sûr. Car derrière les promesses et les déclarations officielles, les faits racontent une autre histoire : celle d’un pouvoir davantage préoccupé par le contrôle des institutions que par l’organisation crédible des élections.

Aujourd’hui, les négociations continuent. Le CEP résiste. La communauté internationale arbitre. Mais une question demeure : si le gouvernement n’écoute que le « blanc », comment prétendre construire une démocratie souveraine ?

À ce rythme, toutes les planètes semblent malheureusement s’aligner non pas pour la tenue des élections, mais pour leur report.

Et ce serait alors une nouvelle trahison envers un peuple qui attend depuis trop longtemps le retour à l’ordre constitutionnel.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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