Adopté en Conseil des ministres le 2 juin 2026, le budget rectificatif 2025-2026 s’élève à 360,3 milliards de gourdes. Derrière cette enveloppe en hausse de 4,3 %, plusieurs observateurs s’interrogent sur la place réellement accordée au pouvoir d’achat et aux préoccupations sociales des ménages haïtiens, relève, dans son éditorial Willy DESULMA , directeur adjoint de la rédaction et chef du service Économie « ALTERNANCE MÉDIA « 

Le gouvernement haïtien a adopté un budget rectificatif de 360,3 milliards de gourdes, en hausse de 4,3 % par rapport au budget initial. Les autorités justifient cette révision par la nécessité de répondre aux urgences sécuritaires, d’organiser les élections et de soutenir la relance économique.

Sur le papier, les priorités semblent cohérentes avec les défis actuels du pays. Dans la réalité, cependant, ce budget soulève de nombreuses interrogations quant à son impact direct sur le quotidien de la population.

Car si la sécurité demeure la priorité absolue, elle l’était déjà sous les administrations précédentes. Pourtant, la situation reste critique. Les principaux axes routiers reliant Port-au-Prince à plusieurs villes de province demeurent largement perturbés ou sous la menace des groupes armés. Plus de 1,4 million de personnes déplacées continuent de vivre dans des conditions précaires, malgré les nombreuses promesses de réinstallation et d’assistance formulées ces dernières années.

Dans le même temps, l’inflation continue d’éroder le pouvoir d’achat des ménages. En avril 2026, le taux d’inflation annuel s’élevait à 21 %, selon l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI). Cette hausse des prix réduit considérablement la capacité des familles à se nourrir, se loger, se déplacer ou accéder aux services essentiels.

Or, aucune mesure majeure de revalorisation salariale n’apparaît dans ce budget rectificatif. Ni les enseignants, ni les policiers, ni les médecins, ni la grande majorité des fonctionnaires publics ne semblent bénéficier d’un ajustement significatif de leurs revenus pour compenser la perte de pouvoir d’achat accumulée au cours des dernières années.

Cette absence de réponse sociale est d’autant plus frappante que les dépenses courantes demeurent pratiquement stables, tandis que l’augmentation du budget est principalement orientée vers les programmes d’investissement et les secteurs jugés prioritaires par l’Exécutif. Le choix budgétaire est donc clair : privilégier certaines urgences nationales plutôt que le revenu des travailleurs de l’État.

Mais peut-on réellement relancer l’économie sans renforcer le pouvoir d’achat de ceux qui assurent le fonctionnement quotidien des services publics ? Peut-on améliorer durablement les conditions de vie de la population sans investir davantage dans le capital humain ?

L’expérience économique montre qu’une hausse raisonnable des revenus des enseignants, des personnels de santé et des agents de sécurité peut avoir un effet multiplicateur sur la consommation, l’activité économique locale et la stabilité sociale. À l’inverse, l’érosion continue des salaires contribue à l’appauvrissement des classes moyennes et populaires.

Le gouvernement mise aujourd’hui sur la sécurité, les infrastructures et les élections. Ces objectifs sont importants. Toutefois, rien dans les résultats observés au cours des dernières années ne permet d’affirmer avec certitude que les nouvelles ressources allouées produiront les effets attendus. Les mêmes priorités ont souvent été mises en avant, sans amélioration notable pour la majorité de la population.

Au-delà des chiffres, le véritable enjeu est donc celui de l’équilibre des choix budgétaires. Un budget n’est pas seulement un document comptable ; il traduit une vision politique et sociale. Et dans le budget rectificatif 2025-2026, beaucoup de citoyens risquent de constater que leur pouvoir d’achat, leur emploi et leurs conditions de vie ne figurent toujours pas parmi les premières urgences de l’État.

La question demeure entière : peut-on reconstruire le pays sans commencer par améliorer la situation de celles et ceux qui le font fonctionner chaque jour ?

By Willy DESULMA

Willy DÉSULMA, Normalien diplômé de l’École Normale Supérieure et économiste formé à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de l’Université d’État d’Haïti, est journaliste et responsable de l’information à Alternance Média TV. Passionné par la diffusion d’une information claire et fiable, il s’engage à informer avec rigueur et professionnalisme. Expert en analyse économique et éducation, il combine savoir et expertise pour éclairer l’actualité et contribuer au débat public.

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