En censurant un symbole de la lutte pour la liberté, la FIFA ne sanctionne pas un message politique : elle méconnaît l’âme même de la nation haïtienne, analyse dans son éditorial, Tanes DESULMA directeur de la rédaction « Alternance Média «
La décision de la FIFA de contraindre la sélection haïtienne à modifier son maillot officiel à quelques jours du début de la Coupe du monde 2026 suscite l’indignation bien au-delà du monde sportif. En cause : une illustration évoquant la bataille de Vertières et la date historique du 18 novembre 1803, considérées par l’instance mondiale du football comme un « message politique ».
Pour nous, Haïtiens, cette décision est incompréhensible. Car si Vertières est un acte politique, alors toutes les nations du monde sont nées d’un acte politique. Si commémorer une bataille fondatrice constitue une prise de position, alors il faudrait également interdire les références aux révolutions américaine, française ou aux guerres d’indépendance qui ont façonné tant d’États modernes.
Le 18 novembre 1803 n’est pas un slogan partisan. Ce n’est pas le symbole d’un parti, d’un gouvernement ou d’une idéologie contemporaine. C’est la date à laquelle les troupes indigènes dirigées notamment par Jean-Jacques Dessalines, Henri Christophe et François Capois ont remporté la bataille décisive de Vertières contre l’armée napoléonienne.
Cette victoire ouvrit la voie à la proclamation de l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804, faisant de notre pays la première République noire libre du monde moderne et la première nation issue d’une révolution d’esclaves victorieuse.
C’est cette histoire que le maillot de la sélection nationale cherchait à raconter.
En exigeant la suppression de cette référence, la FIFA ne retire pas seulement un dessin sur un tissu. Elle efface symboliquement une page essentielle de la mémoire collective haïtienne. Une mémoire qui appartient non seulement aux Haïtiens, mais également à l’histoire universelle de la liberté.
L’argument de la neutralité politique apparaît d’autant plus discutable que de nombreuses sélections nationales arborent régulièrement des symboles historiques, des références à leurs héros nationaux ou des éléments liés à leur lutte pour l’indépendance. Pourquoi ce qui est considéré comme patrimoine historique ailleurs deviendrait-il un message politique lorsqu’il s’agit d’Haïti ?
Cette affaire révèle une réalité plus profonde : l’histoire haïtienne continue de déranger.
Depuis plus de deux siècles, la révolution haïtienne occupe une place singulière dans l’histoire mondiale. Elle rappelle que des hommes et des femmes réduits en esclavage ont vaincu l’une des plus puissantes armées de leur temps et ont imposé leur droit à la liberté. Cette victoire demeure un symbole puissant pour tous les peuples ayant lutté contre l’oppression.
Les Grenadiers n’avaient pas besoin d’un dessin pour porter cette histoire. Elle est inscrite dans leur identité. Mais le refus de la FIFA soulève une question fondamentale : à partir de quel moment la mémoire d’un peuple devient-elle un sujet à censurer ?
À Alternance Média, nous affirmons que Vertières n’est pas un message politique.
Vertières est notre histoire.
Vertières est notre patrimoine.
Vertières est notre fierté nationale.
Et aucune décision administrative ne pourra effacer ce que représente le 18 novembre 1803 dans la conscience du peuple haïtien.