Dans une lettre adressée au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le parti politique REMED dresse un réquisitoire sévère contre la gouvernance de transition en Haïti. Le mouvement accuse le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé d’échec dans la lutte contre l’insécurité et plaide pour une réorganisation du pouvoir exécutif afin de conduire le pays vers des élections.
À l’occasion de la visite en Haïti du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le Regroupement des Modernistes pour l’Économie et la Démocratie (REMED) a rendu publique une lettre dans laquelle il appelle la communauté internationale à adopter une approche plus ferme face à la crise haïtienne.
Datée du 16 juin 2026 et signée par le secrétaire général du parti, le professeur Jean Ronel SISTANIS, la correspondance salue d’abord la présence du chef de l’ONU sur le territoire haïtien, considérée comme une occasion de constater directement la gravité de la situation sécuritaire, politique et humanitaire du pays.
Un constat d’échec du pouvoir en place
Dans son message, REMED affirme que la crise actuelle résulte notamment de l’incapacité des autorités de transition à répondre à la montée de l’insécurité. Le parti estime que le bilan du gouvernement dirigé par le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est « marqué par un échec total », tant sur le plan de la sécurité que sur celui de l’organisation du processus électoral.
Selon le document, plusieurs zones stratégiques du pays demeurent sous le contrôle de groupes armés. Le parti cite notamment des secteurs de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, tels que Martissant, Grand-Ravine, Fontamara, Carrefour et plusieurs localités de Kenscoff. Il évoque également une détérioration de la situation dans d’autres départements du pays, notamment l’Artibonite, le Centre et le Sud-Est.
REMED accuse les autorités de n’avoir entrepris aucune opération d’envergure susceptible de reprendre le contrôle de ces territoires et dénonce les conséquences humaines de cette situation : déplacements forcés de populations, violences contre les civils et aggravation de la précarité.
La question de la légitimité de la transition
Au-delà de la sécurité, le parti soulève la question du respect du calendrier politique. S’appuyant sur l’accord du 3 avril 2024 et sur les dispositions constitutionnelles relatives à la transition, REMED considère que le délai accordé au gouvernement pour organiser les élections est arrivé à échéance.
Le mouvement estime que le maintien du premier ministre à la tête du gouvernement constitue désormais un obstacle à la tenue d’élections « libres, démocratiques et transparentes ». Il reproche au pouvoir de ne pas avoir créé les conditions nécessaires au rétablissement de l’autorité de l’État et d’utiliser l’insécurité comme justification à la prolongation de la transition.
Un appel à la communauté internationale
La lettre appelle enfin les partenaires internationaux à renforcer leur engagement en faveur d’Haïti. REMED juge indispensable un accompagnement plus actif de la communauté internationale afin de restaurer l’ordre institutionnel et de favoriser un retour à la légitimité démocratique.
Le parti propose notamment une révision de l’architecture de la transition. Il plaide pour la mise en place d’un exécutif bicéphale doté d’un président exerçant les prérogatives nécessaires pour convoquer le peuple aux urnes et conduire le pays vers une sortie de crise.
Une visite sous haute attente
Cette prise de position intervient dans un contexte où la visite du secrétaire général des Nations unies suscite de nombreuses attentes au sein de la classe politique et de la société civile haïtiennes. Alors que l’insécurité continue de fragiliser les institutions et de déplacer des milliers de familles, plusieurs acteurs cherchent à influencer les discussions internationales sur l’avenir de la transition.
Par cette lettre, REMED tente de faire entendre sa voix dans un débat devenu central : celui des conditions politiques et institutionnelles nécessaires pour permettre à Haïti de retrouver la stabilité et le chemin des élections.
Le parti conclut son message en affirmant croire « en un avenir meilleur pour le peuple haïtien » grâce à la solidarité nationale et internationale.