Trois mois après son arrivée à la tête du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), le Dr Vijonet DÉMÉRO tente d’imprimer sa marque à une institution confrontée à des défis structurels considérables. Modernisation numérique, régularisation du personnel enseignant, développement des infrastructures scolaires et universitaires, promotion de l’entrepreneuriat : le ministre dessine les contours d’un projet de transformation dont il espère faire l’un des leviers de la reconstruction nationale.

Invité de Windell Théodore à l’émission Le Point du lundi 22 juin sur Radio Télé Métropole, le titulaire du MENFP a présenté ce qu’il considère comme les premiers résultats de son action et les priorités qui guideront son administration au cours des prochains mois.

Dans un pays où l’école subit depuis plusieurs années les conséquences combinées de l’instabilité politique, de l’insécurité et du sous-financement chronique des services publics, les ambitions affichées par le ministre apparaissent à la mesure des difficultés auxquelles le système éducatif est confronté.

« Lorsque nous sommes arrivés, nous avons trouvé une administration disposant des compétences nécessaires pour fonctionner, mais qui avait besoin d’une direction claire », a-t-il expliqué, soulignant avoir rapidement engagé un processus de concertation avec les cadres du ministère ainsi qu’avec les partenaires techniques et financiers intervenant dans le secteur.

Parmi les dossiers jugés prioritaires figure celui des enseignants non nommés, une situation qui illustre les dysfonctionnements accumulés au fil des années. Selon les chiffres communiqués par le ministre, près de 10 000 enseignants exerçaient déjà dans les établissements scolaires sans disposer d’une nomination officielle, alors même que les marges budgétaires disponibles ne permettaient d’en régulariser qu’une fraction.

Le patron de l’éducation nationale affirme avoir traité plus de 1 600 dossiers de nomination entre mars et avril. Plusieurs centaines de lettres ont déjà été distribuées et le processus doit se poursuivre dans les mois à venir. Parallèlement, le ministère travaille à l’intégration de nouveaux diplômés issus des institutions de formation pédagogique afin de mieux encadrer les recrutements futurs.

Au-delà de cette opération de régularisation administrative, le Dr DÉMÉRO entend placer la modernisation technologique au cœur de sa stratégie.

Le ministre annonce ainsi qu’avant la fin du mois de septembre, les écoles publiques et les universités publiques devraient progressivement bénéficier d’un accès à Internet et à l’électricité. Dans un pays où de nombreux établissements demeurent encore privés d’infrastructures de base, l’objectif apparaît ambitieux.

La transition numérique constitue d’ailleurs l’un des principaux axes de la réforme. Le MENFP prévoit la formation de 5 000 enseignants aux outils numériques à travers un programme progressif associant formateurs, tuteurs et personnels éducatifs. Une initiative qui vise à réduire le fossé technologique qui sépare encore une grande partie du système éducatif haïtien des standards internationaux.

Le spécialiste en leadership et de la formation à distance souhaite également renforcer l’accompagnement des élèves en introduisant dans les établissements scolaires des services de soutien psychosocial. L’intégration d’infirmiers, de psychologues et de travailleurs sociaux répond notamment aux conséquences des violences et des déplacements forcés qui affectent de nombreux enfants dans plusieurs régions du pays.

Les infrastructures scolaires figurent également parmi les priorités annoncées. Une vingtaine d’écoles nationales et autant de lycées devraient être inaugurés avant la fin du mois de septembre, tandis que plusieurs projets universitaires sont à l’étude à Jacmel, aux Gonaïves et dans le département du Nord.

Mais la réforme défendue par le Dr DÉMÉRO ne se limite pas aux bâtiments ni aux équipements. Elle repose également sur une réflexion concernant la finalité même de l’éducation.

Le ministre plaide pour une école davantage tournée vers l’entrepreneuriat, l’éducation financière et les filières techniques. À ses yeux, la fonction publique ne peut plus constituer l’horizon unique des jeunes diplômés dans un contexte marqué par la faiblesse des capacités d’embauche de l’État.

Cette orientation s’inscrit dans une volonté plus large d’adapter la formation aux mutations économiques et technologiques contemporaines, tout en favorisant l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs capables de contribuer à la création de richesse.

Parmi les projets les plus structurants figure également la création d’un campus universitaire numérique national. Ce dispositif doit permettre aux étudiants des différentes régions du pays d’accéder à une offre académique harmonisée et de bénéficier de services administratifs entièrement numérisés, notamment pour la gestion des relevés de notes, attestations et diplômes.

Le professeur d’ université a par ailleurs annoncé la création d’une Université publique de l’Ouest ainsi qu’un projet d’autonomie budgétaire pour les différentes facultés publiques à partir de septembre 2026.

Reste désormais la question de la mise en œuvre. Dans un contexte marqué par des contraintes financières persistantes, des besoins considérables en infrastructures et une situation sécuritaire qui continue de perturber le fonctionnement de nombreux établissements scolaires, la concrétisation de ces engagements constituera le principal défi du ministère.

Trois mois après son entrée en fonction, le Dr Vijonet DÉMÉRO présente ainsi une vision ambitieuse de l’école haïtienne. Les prochains mois permettront de mesurer si cette volonté de transformation peut se traduire par des changements durables pour un secteur considéré depuis longtemps comme l’un des fondements essentiels du développement du pays.

By Willy DESULMA

Willy DÉSULMA, Normalien diplômé de l’École Normale Supérieure et économiste formé à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de l’Université d’État d’Haïti, est journaliste et responsable de l’information à Alternance Média TV. Passionné par la diffusion d’une information claire et fiable, il s’engage à informer avec rigueur et professionnalisme. Expert en analyse économique et éducation, il combine savoir et expertise pour éclairer l’actualité et contribuer au débat public.

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