Dans une lettre ouverte adressée au Conseil électoral provisoire (CEP), le regroupement politique « Anfòs Pou Sove Lonè » alerte sur plusieurs dispositions du décret électoral et sur les contraintes du calendrier. Délais de candidature, frais d’inscription, centres d’enregistrement, référendum : l’organisation réclame des corrections afin, dit-elle, de préserver la crédibilité et l’inclusivité du processus.
Delmas, 15 août 2026. — À mesure que le processus électoral avance, les réserves politiques se précisent. Dans une correspondance datée du 13 août et réceptionnée le même jour par le Conseil électoral provisoire, le regroupement Anfòs Pou Sove Lonè interpelle directement l’institution électorale sur plusieurs points qu’il considère susceptibles d’affaiblir la participation et la confiance dans les prochaines consultations.
Signée par la présidente du regroupement, la sénatrice Céméphise Gilles, et son secrétaire général, Jean Raymond Policart, la lettre se veut néanmoins constructive. Ses auteurs affirment rechercher un processus « crédible, inclusif, impartial et apaisé ».
Un calendrier jugé trop contraignant
Premier sujet de préoccupation : les dispositions encadrant les regroupements politiques. Pour Anfòs Pou Sove Lonè, les délais imposés exercent une pression excessive sur les formations appelées à discuter, évaluer et décider de leur éventuelle participation à une coalition.
Le regroupement demande ainsi au CEP d’accorder davantage de temps aux organisations afin qu’elles puissent consulter leurs structures, conduire les négociations nécessaires et mesurer les conséquences juridiques et politiques de leurs alliances avant de prendre une décision définitive.
Derrière cette demande se dessine une critique plus générale du rythme imprimé au processus : vouloir aller vite ne devrait pas, selon les signataires, se faire au détriment de la concertation.
Centres d’inscription : la communication du CEP mise en cause
Autre point sensible : l’inscription des électeurs. Le regroupement estime qu’une partie de la population ignore encore l’emplacement exact des centres où elle doit accomplir les formalités nécessaires.
Une insuffisance de communication qui, prévient-il, pourrait peser directement sur la participation et laisser à l’écart une partie des citoyens.
Anfòs Pou Sove Lonè appelle donc le CEP à intensifier sa campagne nationale de sensibilisation. Il réclame également des mesures « significatives et même drastiques » afin de permettre aux Haïtiens âgés de 18 ans et plus de disposer effectivement de leur carte d’identification nationale.
Le référendum également contesté
La lettre ouvre un autre front : celui du référendum. Le regroupement affirme constater que « la majeure partie de la population haïtienne ne se montre pas disposée à participer » à cette consultation.
Cette appréciation politique intervient alors que la participation citoyenne constitue l’un des principaux enjeux de légitimité de tout processus électoral ou référendaire. Le regroupement invite ainsi implicitement le CEP à tenir compte du climat politique et de la disposition réelle de la population à prendre part aux consultations annoncées.
Des frais de candidature jugés excessifs
Anfòs Pou Sove Lonè s’attaque également au coût des candidatures. Les frais d’inscription exigés sont qualifiés d’excessifs au regard de la situation économique du pays.
Selon le regroupement, des montants trop élevés risqueraient de réduire l’accès à la compétition électorale et d’écarter des citoyens ou candidats potentiels ne disposant pas de moyens financiers importants.
Il demande donc une révision à la baisse des frais d’inscription, afin de favoriser une compétition plus ouverte.
Le certificat de police au cœur des inquiétudes
Les contraintes administratives liées au dépôt des candidatures constituent un autre motif de préoccupation. La correspondance évoque notamment le certificat de police et les démarches à accomplir auprès de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).
Pour le regroupement, les candidats doivent disposer de suffisamment de temps pour réunir leurs documents, accomplir les procédures administratives et corriger d’éventuelles erreurs ou omissions.
D’où une demande claire : prolonger raisonnablement le délai d’inscription des candidatures, afin d’éviter que des prétendants soient exclus pour des difficultés essentiellement administratives.
Un appel à la concertation
Au-delà de ses revendications particulières, Anfòs Pou Sove Lonè adresse au CEP un message politique : la réussite des élections dépendra aussi de la capacité de l’institution à maintenir le dialogue avec les acteurs engagés dans la compétition.
Le regroupement réaffirme son attachement à un processus électoral « impartial, honnête, transparent, inclusif et conforme aux principes démocratiques » et demande au Conseil de prendre ses observations en considération.
Sa proposition finale résume l’esprit de la démarche : privilégier la concertation avec les partis politiques, qu’ils évoluent individuellement ou au sein de coalitions.
À quelques mois des échéances annoncées, cette lettre ajoute ainsi une nouvelle série de demandes sur la table du CEP. Entre impératif de respecter le calendrier et nécessité d’assurer une participation suffisamment large, l’institution électorale devra désormais arbitrer sans donner le sentiment que la vitesse du processus l’emporte sur sa crédibilité.