Expulsions de migrants en République dominicaine, incertitudes autour du TPS aux États-Unis : la protection diplomatique des Haïtiens interroge le rôle de la cheffe de la diplomatie haïtienne.

Pendant que des milliers de ressortissants haïtiens vivent l’une des périodes les plus difficiles de leur histoire récente à l’étranger, la diplomatie haïtienne apparaît étonnamment discrète. En République dominicaine comme aux États-Unis, les crises migratoires se multiplient et posent une même question : l’État haïtien protège-t-il encore efficacement ses citoyens hors de ses frontières ?

En République dominicaine, les témoignages recueillis par la journaliste Myriam Sandouno dressent un tableau particulièrement préoccupant. Des femmes haïtiennes en situation irrégulière affirment renoncer à se rendre dans les hôpitaux pour accoucher, par crainte d’être arrêtées puis expulsées. D’autres racontent avoir été interpellées quelques jours seulement après leur accouchement, avant d’être reconduites vers la frontière avec leur nouveau-né. Plusieurs témoignages évoquent également des arrestations près des centres de santé, des mauvais traitements et des expulsions menées dans des conditions dénoncées par des organisations religieuses et humanitaires.

Cette situation intervient alors que la République dominicaine poursuit une politique migratoire particulièrement restrictive à l’égard des ressortissants haïtiens en situation irrégulière, avec des milliers de rapatriements chaque mois.

De l’autre côté de la mer des Caraïbes, l’inquiétude est tout aussi forte. Aux États-Unis, près de 350 000 Haïtiens concernés par l’avenir du Temporary Protected Status (TPS) vivent dans l’incertitude. Les vols de rapatriement se poursuivent, tandis que d’autres ressortissants restent placés en détention administrative ou sous surveillance électronique, dans l’attente d’une décision des autorités américaines.

Face à ces deux dossiers majeurs, les critiques se concentrent sur la faible visibilité de la diplomatie haïtienne. Les Conventions de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques et de 1963 sur les relations consulaires définissent pourtant les missions des représentations diplomatiques, notamment la protection des intérêts des ressortissants à l’étranger et l’assistance consulaire lorsqu’ils sont confrontés à des difficultés avec les autorités du pays d’accueil. Ces textes n’autorisent pas un État à empêcher les décisions souveraines d’un autre pays en matière migratoire, mais ils offrent le cadre juridique permettant d’intervenir par le dialogue diplomatique, les démarches consulaires et la défense des droits fondamentaux des citoyens.

Dans ce contexte, l’absence de communication publique de la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, nourrit les interrogations. Des démarches diplomatiques existent peut-être, mais elles demeurent peu visibles. Cette discrétion contraste avec l’ampleur des difficultés rencontrées par les communautés haïtiennes à l’étranger et alimente le sentiment d’un déficit de protection consulaire.

Pendant que des femmes accouchent dans la peur, que des familles sont séparées aux frontières et que des milliers d’Haïtiens vivent sous la menace permanente de l’expulsion, le silence diplomatique devient lui-même un message. En relations internationales, lorsqu’un État cesse de défendre ses ressortissants, ce ne sont pas seulement des citoyens qui se retrouvent abandonnés ; c’est une nation entière qui donne le sentiment d’être absente de la scène où se joue pourtant le destin des siens.

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