Alors que les kidnappings se multiplient, notamment à Delmas, que plusieurs axes routiers demeurent sous l’emprise des gangs et que son propre chef de cabinet est toujours retenu par des ravisseurs, le ministre de la Défense peine à convaincre qu’il incarne encore une véritable autorité politique, analyse , dans son éditorial, Smith PRINVIL , chef adjoint du service politique, d’ « ALTERNANCE MÉDIA « 

Lorsqu’il a été nommé ministre de la Défense, Mario Andrésol incarnait, aux yeux d’une partie de l’opinion, l’espoir d’un changement de cap. Ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), il promettait une approche plus offensive contre les groupes armés et la reconquête progressive des territoires perdus. Plusieurs mois après son entrée en fonction, le contraste entre les ambitions affichées et les résultats visibles nourrit désormais un profond scepticisme.

La situation sécuritaire continue en effet de se dégrader. Les cas de kidnappings connaissent une recrudescence dans plusieurs secteurs de la région métropolitaine, particulièrement à Delmas, où la peur s’est installée dans le quotidien des habitants. Les familles limitent leurs déplacements, les commerces ferment plus tôt et les citoyens vivent dans l’angoisse permanente d’un enlèvement.

Parallèlement, plusieurs axes routiers stratégiques du pays restent sous la menace ou le contrôle de groupes armés, compliquant la circulation des personnes et des marchandises. Ces réalités contrastent avec les engagements pris au moment de la nomination du ministre, lorsqu’il affirmait vouloir contribuer à combattre les gangs et à restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.

Mais c’est une autre affaire qui cristallise aujourd’hui les critiques. James Boyard, inspecteur général de police, professeur d’université et chef de cabinet du ministre de la Défense, est toujours retenu par ses ravisseurs. Selon plusieurs sources concordantes, il a été enlevé le 11 juin 2026 sur l’axe Bourdon-Lalue, en compagnie de son épouse et de son fils. Si ces deux derniers ont retrouvé la liberté après le paiement d’une rançon, le plus proche collaborateur du ministre demeure captif.

Cette situation soulève une interrogation majeure. Comment expliquer que le chef de cabinet du ministre de la Défense puisse rester aussi longtemps entre les mains de ravisseurs, sans communication publique forte ni avancée visible sur son dossier ? Au-delà du drame humain, cette affaire est devenue le symbole des difficultés de l’État à protéger ses propres hauts responsables.

Dans le même temps, la communication du ministère se limite essentiellement à des cérémonies officielles, des visites protocolaires ou des annonces institutionnelles. Pour de nombreux observateurs, cette présence médiatique ne suffit plus à masquer l’absence de résultats perceptibles sur les grands défis sécuritaires auxquels le pays est confronté.

Personne ne peut sérieusement soutenir que le ministère de la Défense détient, à lui seul, les leviers de la lutte contre les gangs. La sécurité relève d’une responsabilité partagée entre plusieurs institutions de l’État. Mais un ministre est aussi jugé sur sa capacité à impulser une vision, à exercer un leadership politique et à rendre compte de son action.

Aujourd’hui, alors que les gangs continuent d’étendre leur influence, que les enlèvements se poursuivent et que son propre chef de cabinet demeure privé de liberté, une question s’impose dans le débat public : à quoi sert encore Mario Andrésol ? Pour ses détracteurs, le ministre donne désormais davantage l’image d’un responsable cantonné à la communication que celle d’un acteur capable d’incarner une stratégie de défense nationale dans l’une des périodes les plus critiques de l’histoire récente d’Haïti.

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