Un manifeste politique de rupture qui conteste à la fois la légitimité du pouvoir de transition, le rôle de la communauté internationale et les conditions d’organisation des prochaines élections.

Port-au-Prince. Plus qu’un simple communiqué, c’est un texte de combat. L’Opposition progressiste a rendu public, mercredi 5 août, un appel à la création d’un « Front du refus », présenté comme un vaste rassemblement politique et citoyen destiné à faire obstacle au processus politique actuellement engagé en Haïti. 

Dans un document de trois pages, les signataires dressent un constat particulièrement sévère de la situation nationale. Ils évoquent un État en voie d’effondrement, une insécurité devenue structurelle, une corruption systémique et une crise institutionnelle qui, selon eux, prive le pays des conditions minimales d’un exercice démocratique normal. 

Le texte ne se limite toutefois pas à dénoncer. Il cherche à structurer une stratégie de mobilisation autour de ce que ses auteurs présentent comme trois refus fondateurs.

Le premier vise directement les autorités de transition. L’Opposition progressiste estime qu’un pouvoir jugé dépourvu de légitimité démocratique et incapable d’assurer la sécurité du territoire ne saurait organiser un scrutin crédible. Elle considère qu’un gouvernement contesté ne peut être simultanément arbitre et acteur d’un processus électoral appelé à désigner ses successeurs. 

Le deuxième refus cible une partie de la communauté internationale. Les rédacteurs dénoncent ce qu’ils qualifient de « double discours » : reconnaître publiquement la gravité de la crise sécuritaire tout en continuant à soutenir un calendrier électoral qu’ils jugent déconnecté des réalités du terrain. Ils accusent également certains réseaux de tirer profit de l’instabilité chronique du pays, transformant l’insécurité en instrument d’influence politique. 

Enfin, le troisième refus concerne le décret électoral lui-même. Selon le manifeste, celui-ci aurait été élaboré sans consensus national et risquerait de favoriser les forces déjà installées au pouvoir. Les auteurs estiment qu’en l’absence de garanties sécuritaires, d’une administration électorale pleinement indépendante et d’une confiance restaurée entre les institutions et la population, les prochaines élections pourraient déboucher sur une nouvelle crise de légitimité. 

Malgré son ton offensif, le document prend soin de préciser que le « Front du refus » ne constitue pas un rejet du principe démocratique. Les signataires affirment, au contraire, vouloir créer les conditions permettant l’organisation d’élections qu’ils souhaitent « libres, inclusives, crédibles et démocratiques ». Ils appellent, dans cette perspective, les partis politiques progressistes, les syndicats, les organisations de la société civile, les mouvements de jeunesse, les organisations de femmes, les universitaires, les acteurs économiques ainsi que la diaspora à rejoindre cette initiative. 

En politique, les manifestes ne changent pas le cours de l’histoire à eux seuls. Mais ils révèlent toujours un rapport de force. Celui qui s’ouvre aujourd’hui dira si le « Front du refus » peut transformer la contestation en alternative.

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