Ancien sénateur et vice-président du Sénat, le Père MacDonald Jean obtient gain de cause face au camp d’Edgard Leblanc Fils, ancien président du Sénat, membre du Conseil présidentiel de transition et ancien coordonnateur de l’OPL. Le tribunal ordonne la restitution des biens meubles et immeubles du parti.

Port-au-Prince — La crise qui déchire depuis plusieurs mois l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) vient de connaître un tournant judiciaire majeur. Dans une ordonnance de référé rendue le 20 juin 2026, le Tribunal de première instance de Port-au-Prince a donné gain de cause au camp représenté par le Père MacDonald Jean, ancien sénateur de la République et ancien vice-président du Sénat.

La décision vise notamment Edgard Leblanc Fils, ancien président du Sénat, membre du Conseil présidentiel de transition (CPT) et ancien coordonnateur général de l’OPL, ainsi que Ketel Jean-Philippe, dont l’accession à la tête du parti avait été soutenue par Edgard Leblanc Fils.

Le juge des référés Jean Bello Donissaint leur ordonne de restituer les biens meubles et immeubles de l’organisation au camp représenté par Marc Donald Jean.

Une succession contestée depuis l’arrivée d’Edgard Leblanc Fils au CPT

Pour comprendre cette bataille, il faut remonter à avril 2024, au moment où Edgard Leblanc Fils rejoint le Conseil présidentiel de transition.

Figure historique de l’OPL et jusqu’alors à la tête de la formation politique, l’ancien président du Sénat avait alors œuvré en faveur de Ketel Jean-Philippe pour lui succéder à la direction du parti.

Mais cette succession va rapidement provoquer des résistances internes. Une partie des dirigeants et des structures territoriales de l’OPL conteste les conditions dans lesquelles Ketel Jean-Philippe est porté à la tête de l’organisation.

La querelle de succession se transforme progressivement en une bataille de légitimité : deux camps revendiquent l’autorité sur le parti, ses instances et ses biens.

Une crise interne qui finit devant les tribunaux

Selon l’ordonnance consultée par Alternance Média, plusieurs coordinations départementales de l’OPL avaient informé Edgard Leblanc Fils, le 14 décembre 2024, de la mise en place d’une « Coordination nationale à l’extraordinaire », devant conduire à la formation d’un comité exécutif provisoire.

Le tribunal relève qu’une Coordination nationale convoquée le 9 janvier 2025 par Ketel Jean-Philippe n’aurait pas pu se tenir faute de quorum. Une nouvelle convocation, quelques jours plus tard, aurait également fait l’objet de contestations de la part de plusieurs structures du parti.

La fracture s’accentue ensuite.

Une autre tentative de réunification, en avril 2026, ne permet pas davantage de sortir de l’impasse.

D’un côté, le courant de Ketel Jean-Philippe, soutenu à l’origine par Edgard Leblanc Fils au moment de son entrée au CPT. De l’autre, celui représenté par le Père MacDonald Jean, qui conteste la légitimité de cette succession et revendique le respect des mécanismes statutaires de l’OPL.

Les statuts du parti au cœur du jugement

C’est précisément sur la question des statuts que s’appuie le tribunal.

Dans son ordonnance, le juge des référés se réfère notamment aux articles 57, 70 à 74, 76, 108 et 114 des statuts de l’OPL.

Selon les éléments retenus par le tribunal, la Coordination nationale constitue l’instance habilitée à prendre certaines décisions essentielles concernant la direction du parti.

La juridiction remet ainsi en cause les conditions dans lesquelles Ketel Jean-Philippe avait été porté à la tête de l’OPL avec le soutien d’Edgard Leblanc Fils.

Le dossier fait également état d’une paralysie des activités de l’organisation ainsi que d’un différend portant sur la possession de documents, de clés et de différents biens appartenant au parti.

MacDonald Jean obtient gain de cause

Dans son dispositif, le tribunal accueille favorablement l’action de la partie demanderesse et la déclare juste et fondée en fait et en droit.

Surtout, le juge ordonne à Edgard Leblanc Fils, Ketel Jean-Philippe et aux personnes concernées de restituer « sur l’heure et sans discontinuer » les biens meubles et immeubles de l’Organisation du Peuple en Lutte au Père MacDonald Jean, conformément aux dispositions statutaires citées dans l’ordonnance.

La juridiction assortit sa décision de l’exécution provisoire sur minute et sans caution, nonobstant défense d’exécuter, opposition, appel et pourvoi en cassation, selon les termes mêmes du dispositif.

Les frais et dépens de l’instance sont également mis à la charge de la partie assignée.

Un sérieux revers pour le camp d’Edgard Leblanc Fils

La portée de l’ordonnance dépasse la seule question de la restitution matérielle des biens. Elle intervient au cœur d’une bataille politique portant sur la direction et la légitimité des instances de l’OPL.

Pour Edgard Leblanc Fils, longtemps figure centrale de la formation politique avant son entrée au CPT, la décision constitue un sérieux revers. L’ancien président du Sénat avait pesé en faveur de Ketel Jean-Philippe pour assurer sa succession à la tête du parti. Deux ans plus tard, ce choix se retrouve au centre d’un conflit que les responsables de l’OPL n’ont pas réussi à résoudre en interne.

Face à lui, le Père MacDonald Jean, ancien sénateur et ancien vice-président du Sénat, sort renforcé de cette séquence judiciaire : le tribunal accueille l’action portée par son camp et ordonne que les biens de l’organisation lui soient restitués.

La décision ayant été rendue par défaut à l’encontre de la partie défenderesse, elle n’épuise toutefois pas nécessairement les voies de recours prévues par la législation.

La justice a tranché

Après des mois de bras de fer, de contestations statutaires et de luttes de légitimité au sommet de l’OPL, la justice a tranché. Le tribunal donne gain de cause au camp représenté par le Père MacDonald Jean et somme Edgard Leblanc Fils et ses proches de restituer les biens du parti.

Une décision qui, à ce stade, redessine le rapport de forces au sein de l’Organisation du Peuple en Lutte. Deux ans après l’entrée d’Edgard Leblanc Fils au CPT et son soutien à Ketel Jean-Philippe pour prendre sa succession, la bataille pour la direction de l’OPL connaît un basculement majeur : au-delà des revendications concurrentes de légitimité, il existe désormais une décision de justice.

Alternance Média | Politique – Justice

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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