Réuni en urgence après l’attaque meurtrière de Kenscoff, le Conseil de sécurité des Nations unies a appelé à renforcer la lutte contre les gangs, accélérer le déploiement de la Force de répression des gangs et durcir les sanctions. Mais au terme de la réunion, aucune mesure immédiate susceptible de modifier le rapport de force sur le terrain n’a été annoncée.
Le massacre de Kenscoff a une nouvelle fois ramené la crise haïtienne devant le Conseil de sécurité. Réunis vendredi 28 août à New York, les quinze membres du Conseil ont entendu les appels à une mobilisation internationale renforcée après l’attaque menée dans la nuit du 23 août, qui a fait plusieurs dizaines de morts et donné lieu à des prises d’otages.
Au nom d’Haïti, Pierre Ericq Pierre a réclamé une réponse « rapide, coordonnée et résolue ». Port-au-Prince demande notamment d’accélérer le déploiement de la Force de répression des gangs (FRG) afin qu’elle atteigne l’effectif prévu de 5 500 membres et dispose des moyens nécessaires à sa mission.
Selon le représentant haïtien, la Côte d’Ivoire, la Mongolie et le Tchad ont déjà conclu des accords pour rejoindre la Force. Des démarches sont également en cours avec le Bangladesh, le Guatemala, la Jamaïque et Sri Lanka.
Haïti réclame parallèlement une application plus rigoureuse de l’embargo sur les armes afin de « tarir les flux d’armes et de munitions qui alimentent la violence des gangs ».
Washington et Paris veulent renforcer la pression
Les États-Unis ont réaffirmé leur soutien à la FRG et appelé les pays contributeurs à déployer leurs contingents le plus rapidement possible.
« Ces gangs ne peuvent pas terroriser les communautés qui se rendent dans les bureaux de vote », a déclaré la représentante américaine Jennifer Locetta, alors que la question sécuritaire devient déterminante à l’approche des échéances électorales.
La France demande, de son côté, un renforcement du régime de sanctions.
« Cette situation n’a que trop duré », a déclaré son représentant Jay Dharmadhikari.
Paris souhaite notamment étendre les sanctions aux personnes qui apportent un « soutien politique ou financier aux gangs criminels ». La France appelle également à renforcer l’ensemble de la chaîne « police-justice-prison », estimant qu’une réponse durable ne peut reposer uniquement sur les opérations sécuritaires.
Le Brésil met en garde contre une réponse uniquement sécuritaire
Brasília a précisément insisté sur les causes structurelles de la crise.
Pour son représentant Norberto Moretti, les groupes armés s’appuient désormais sur de véritables économies criminelles, alimentées notamment par l’extorsion et le contrôle de points logistiques stratégiques.
« Les efforts en matière de sécurité doivent aller de pair avec des initiatives visant à renforcer les institutions et à élargir les opportunités économiques », a-t-il plaidé.
Le Brésil appelle ainsi à combiner sécurité, renforcement de l’État, résilience communautaire et perspectives économiques, notamment pour les jeunes susceptibles d’être recrutés par les groupes armés.
Le fossé entre les engagements et le terrain
À New York, le diagnostic paraît donc largement partagé. La difficulté réside désormais dans son application.
Au terme de cette réunion d’urgence, aucune nouvelle mesure immédiate susceptible de changer le rapport de force sur le terrain n’a été annoncée par les quinze membres du Conseil.
La FRG doit encore atteindre sa pleine capacité. Son financement reste un défi. L’embargo n’a pas tari l’approvisionnement des groupes armés en armes et en munitions. Et le renforcement des sanctions, notamment contre les soutiens politiques et financiers des gangs, reste encore à traduire concrètement.
C’est là que se mesure aujourd’hui la limite de la réponse internationale.
Depuis plusieurs années, résolutions, sanctions, missions et déclarations de solidarité se succèdent au Conseil de sécurité. Dans le même temps, les groupes armés ont étendu leur influence et continuent de défier l’autorité de l’État.
Après Kenscoff, la question n’est donc plus seulement de savoir si la communauté internationale mesure la gravité de la crise haïtienne. Elle la connaît.
La question est désormais celle de l’exécution : combien de membres de la FRG seront effectivement déployés ? Quels financements seront réellement mobilisés ? Combien d’armes seront interceptées ? Les réseaux financiers et politiques qui alimentent les gangs seront-ils effectivement sanctionnés ?
Pour Haïti, l’écart entre les déclarations de New York et la réalité du terrain est devenu le véritable test de la réponse internationale.
Après Kenscoff, les condamnations ne suffisent plus. Ce sont désormais les actes et leurs résultats qui seront jugés.