Le Conseil de sécurité se réunit à nouveau ce vendredi à huis clos pour tester les rapports de force autour de la succession d’Antonio Guterres. Huit candidats sont actuellement en lice, avec une pression croissante pour voir, pour la première fois, une femme accéder à la tête des Nations unies.
Un deuxième vote pour faire émerger les favoris
La bataille pour le poste diplomatique le plus convoité de la planète entre dans une nouvelle phase. Les quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU se retrouvent ce vendredi pour une deuxième séance de « vote indicatif » destinée à mesurer les chances des candidats à la succession d’Antonio Guterres.
Réunis à huis clos à partir de 10 heures à New York, les membres du Conseil devront attribuer anonymement à chacun des prétendants l’une des trois mentions : « encourage », « décourage » ou « sans opinion ».
Ce scrutin ne désignera donc pas immédiatement le prochain secrétaire général. Il doit surtout permettre de dégager progressivement un consensus, de faire émerger les favoris et, éventuellement, de pousser les candidatures les moins soutenues vers la sortie.
Antonio Guterres, 77 ans, doit achever le 31 décembre son deuxième mandat de cinq ans à la tête de l’organisation.
Rebeca Grynspan en position favorable
À l’issue du premier vote indicatif organisé le 30 juillet, la Costaricienne Rebeca Grynspan, 70 ans, ancienne vice-présidente de son pays et actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), avait obtenu le plus grand nombre de mentions favorables.
Ce deuxième scrutin dira si elle parvient à consolider cette avance ou si les équilibres commencent à évoluer.
Selon Daniel Forti, analyste à l’International Crisis Group cité par l’AFP, les diplomates s’attendent justement à une modification de la répartition des voix. À mesure que les consultations avancent, certains candidats pourraient constater que leur campagne ne dispose plus des soutiens nécessaires pour poursuivre la course.
Huit candidats pour un poste hautement stratégique
Cinq femmes et trois hommes sont actuellement candidats.
Outre Rebeca Grynspan, figurent dans la course Carolyn Rodrigues-Birkett, ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana, Rafael Grossi, directeur général argentin de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, l’Équatorienne Maria Fernanda Espinosa, l’Ougandais Olara Otunnu, l’ancien président sénégalais Macky Sall et l’Équatorienne Ivonne A-Baki.
La forte présence latino-américaine n’est pas anodine. Au nom du principe informel de rotation géographique à la tête de l’organisation, les États de la région estiment que leur tour est venu.
Une autre bataille symbolique traverse cette élection : après plus de huit décennies d’existence et neuf secrétaires généraux exclusivement masculins, de nombreux pays souhaitent voir une femme diriger pour la première fois les Nations unies.
Les cinq membres permanents détiennent la clé
La véritable bataille se jouera toutefois autour des cinq puissances disposant du droit de veto : États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni.
Pour être recommandé, un candidat doit obtenir au moins neuf voix au Conseil de sécurité sans se heurter au veto de l’un de ces cinq membres permanents. Le nom retenu est ensuite transmis à l’Assemblée générale, qui, dans la pratique, entérine généralement la recommandation du Conseil.
Cette mécanique donne aux grandes puissances un poids déterminant et rend tout pronostic particulièrement délicat.
Le représentant permanent de la Russie à l’ONU, Vassili Nebenzia, a d’ailleurs laissé entendre que de nouvelles candidatures pourraient apparaître si aucun des huit prétendants actuels ne parvenait à créer une dynamique suffisante.
Une succession au moment où l’ONU est fragilisée
Au-delà des personnes, cette succession intervient dans une période particulièrement critique pour l’organisation internationale.
L’ONU est confrontée à des divisions profondes entre grandes puissances, à l’affaiblissement du multilatéralisme et à d’importantes tensions financières. Elle peine également à imposer son influence dans plusieurs conflits majeurs, tandis que les restrictions budgétaires menacent certaines opérations humanitaires et missions de maintien de la paix.
La prochaine personne appelée à occuper le 38e étage du siège des Nations unies à New York héritera ainsi d’une institution soumise à de fortes pressions diplomatiques, politiques et financières.
Le scrutin de ce vendredi ne livrera probablement pas encore le nom du successeur d’Antonio Guterres. Mais il pourrait permettre de savoir qui entre véritablement dans la dernière ligne droite — et qui commence à en sortir.