Analyse — « Un camp, une candidature » : face au risque d’une nouvelle dispersion électorale, l’Initiative du 14 août appelle les forces populaires, démocratiques et progressistes à mettre leurs ambitions en commun. Objectif assumé : construire un front politique capable d’empêcher le retour du PHTK au pouvoir.
À Lalue, mercredi, le message n’avait rien d’ambigu : l’unité ou une nouvelle défaite. Devant plusieurs centaines de personnes réunies au Cool Corner, les responsables de l’« Initiative du 14 août pour sauver le secteur populaire et progressiste » (ISSEPP-14) ont appelé les différentes familles de la gauche et du camp démocratique à dépasser leurs querelles pour aborder ensemble les prochaines élections.
Applaudissements nourris, prises de parole successives et discours offensifs : la conférence de presse avait parfois des allures de meeting. Mais derrière la mobilisation, l’ISSEPP-14 tente surtout de répondre à une question qui travaille depuis longtemps cet espace politique : comment transformer une base populaire dispersée en force électorale capable de conquérir le pouvoir ?
La division comme adversaire
L’initiative est née d’une rencontre organisée le 14 août à Delmas entre plusieurs responsables et militants populaires et progressistes. Au menu : la conjoncture, le processus électoral et, surtout, le bilan des précédentes batailles politiques.
Pour ses promoteurs, le constat est sévère. Le secteur populaire aurait payé au prix fort ses divisions, contribuant, selon leur lecture, à deux défaites électorales face au PHTK. Pas question, affirment-ils, de rejouer une troisième fois le même scénario.
Le mot d’ordre est donc simple : rassembler avant de choisir.
À la tribune, les intervenants ont appelé les prétendants à la présidence à ne pas placer leurs ambitions individuelles au-dessus de la construction d’une stratégie collective. Une manière à peine voilée de poser la question qui fâche : qui acceptera de renoncer à sa propre candidature au profit d’un autre ?
Une seule candidature pour tout un camp
L’ISSEPP-14 affirme avoir déjà engagé des discussions avec plusieurs dirigeants susceptibles de se lancer dans la course présidentielle. L’ambition est considérable : parvenir, par la négociation, à désigner un candidat unique du secteur populaire, démocratique et progressiste.
Maryse Narcisse, Jocelerme Privert, Jacky Lumaque, Antonio Chéramy, Jude Célestin, Evalière Beauplan, Pasha Vorbe, Nenel Cassy, André Michel, Levaillant Louis-Jeune, Marjorie Michel, Hughes Célestin, Simon Dieuseul Desras, Gérald Germain, Yves Christallin, Schiller Louidor, Moïse Jean-Charles, Youri Chévry, Kelly C. Bastien, Assad Volcy et Jean-Henry Céant figurent parmi les personnalités expressément appelées à participer aux discussions.
Une liste large, traversée par des histoires politiques, des organisations et des stratégies parfois très éloignées les unes des autres. C’est précisément là que commence le pari de l’ISSEPP-14.
Le PHTK comme ligne rouge
Car le rassemblement recherché ne se définit pas seulement par ce qu’il veut construire. Il se structure aussi autour d’un adversaire clairement désigné : le PHTK.
Les organisateurs disent vouloir empêcher son retour au pouvoir, « sous quelque nom ou avec quelque visage politique que ce soit ». Ils imputent aux années dominées par ce courant une part importante de la dégradation politique, économique et sécuritaire du pays : montée de l’insécurité, précarisation des familles et affaiblissement des institutions.
C’est donc autour d’un double impératif — reconstruire le camp populaire et faire barrage au PHTK — que l’initiative entend bâtir sa stratégie électorale.
Mais le rejet d’un adversaire ne suffira pas. Pour peser dans les urnes, le rassemblement devra également convaincre sur un programme, une méthode de gouvernement et une réponse aux urgences sociales qui frappent les catégories populaires.
« Il n’y a pas de général sans troupes »
Dans la salle, une formule a résumé la philosophie des organisateurs : « Il n’y a pas de général sans troupes. »
Derrière la métaphore, un avertissement adressé aux chefs de partis et aux candidats potentiels : aucune ambition présidentielle ne peut durablement s’affranchir d’une base politique organisée.
Pour l’ISSEPP-14, la multiplication des candidatures issues du même espace idéologique risquerait au contraire d’émietter le vote et de reproduire les défaites que le mouvement affirme vouloir conjurer.
La mobilisation observée à Lalue témoigne d’une volonté de rassemblement. Elle ne règle cependant pas la question centrale : qui s’effacera devant qui ?
Car réunir Maryse Narcisse, Moïse Jean-Charles, Jude Célestin, Jocelerme Privert, Nenel Cassy, André Michel, Jean-Henry Céant et d’autres figures autour d’une seule candidature suppose bien davantage qu’une photographie de famille ou une déclaration commune.
Il faudra négocier le leadership, le programme, les alliances et le partage des responsabilités. Autrement dit, transformer l’appel à l’unité en architecture politique.
De la salle aux urnes
La commission chargée de porter la démarche est notamment composée de James Romain, coordinateur ; Reginald Mesidor, coordinateur adjoint ; Yveline Antenor, secrétaire exécutive ; Ouanche Luc, porte-parole ; Junior César, responsable des relations publiques ; et Enold Florestal, chargé des relations avec les acteurs politiques. Sheila Martimé, Azolin Dory, Wilberde Alouidor, Jeanty Manis et Jean R. Dauphin participent également à la structure.
Pour eux, le travail commence maintenant : poursuivre les consultations, rapprocher des appareils politiques longtemps concurrents et tenter de faire émerger une candidature commune.
À Lalue, l’ISSEPP-14 a montré qu’il pouvait remplir une salle et faire applaudir l’idée d’unité. Reste l’épreuve autrement plus difficile : convaincre les candidats de laisser leurs ego au vestiaire et transformer cette unité proclamée en véritable rapport de force électoral.