Après plus d’une cinquantaine de morts et alors que des habitants restent retenus en captivité, Haïti ne peut continuer à avancer vers les élections comme si le pays était en situation normale. Le gouvernement, le CEP et les partis politiques doivent accepter une suspension temporaire du processus électoral. L’urgence nationale porte désormais un autre nom : la sécurité, Estime dans son éditorial, Tanes DESULMA, directeur de la rédaction d’ « Aternance Média »…

Le massacre de Kenscoff doit changer l’ordre des priorités nationales.

Plus d’une cinquantaine de morts, dont des enfants. Des maisons incendiées. Des familles endeuillées. Et, après le carnage, des habitants toujours retenus en captivité par des hommes armés qui menacent de les tuer en cas de riposte des forces de l’ordre.

Face à une telle situation, continuer à placer les élections au centre de l’agenda national devient difficilement défendable.

L’urgence, ce n’est plus les élections. L’urgence, c’est la sécurité des Haïtiennes et des Haïtiens.

Haïti a évidemment besoin d’élections. Le pays doit sortir de la transition et retrouver des institutions légitimes. Mais une élection crédible suppose un minimum de sécurité : des candidats capables de circuler, des partis libres de faire campagne et des citoyens pouvant se rendre aux urnes sans craindre les gangs.

Kenscoff démontre tragiquement que ces garanties ne sont pas réunies partout.

Le CEP et les partis doivent en tirer les conséquences

Le Conseil électoral provisoire, les partis politiques et le gouvernement doivent avoir le courage de regarder la réalité en face.

Le processus électoral doit être temporairement suspendu.

Il ne s’agit pas de renoncer aux élections ni d’offrir un prétexte à une transition sans fin. Il s’agit de rétablir les conditions minimales permettant d’organiser un scrutin véritablement libre.

Car à quoi servirait un calendrier électoral parfaitement respecté si l’État n’est pas capable de garantir la sécurité des candidats et des électeurs ?

Toutes les ressources vers la sécurité

L’État doit désormais concentrer ses moyens humains, financiers, logistiques, technologiques et de renseignement sur la reconquête sécuritaire.

La nomination du commissaire principal Ketler Jean-Pierre Mauriceau à la tête de la juridiction de Kenscoff constitue un signal. Son passage par la BRI de la DCPJ et son expérience dans le Sud-Est peuvent être des atouts. Mais aucun commissaire ne peut obtenir des résultats sans effectifs, renseignement, équipements et soutien opérationnel.

Il faut donner à la PNH les moyens de reprendre l’initiative.

Et après un massacre d’une telle ampleur, la question des responsabilités politiques ne peut être esquivée.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé doit évaluer la chaîne gouvernementale chargée de la sécurité. À l’Intérieur, à la Défense et à la Justice, les résultats doivent être examinés et les changements nécessaires opérés.

La situation exige davantage qu’un remaniement cosmétique : elle exige une nouvelle stratégie et une obligation de résultats.

D’abord sauver les otages

Mais avant les calculs politiques, les changements gouvernementaux et les élections, une urgence humaine demeure : ramener vivants les habitants encore retenus en captivité.

Leur libération doit mobiliser les meilleurs moyens de renseignement et d’intervention disponibles, avec la protection des civils comme impératif.

Puis l’État devra reprendre durablement le contrôle des territoires menacés et restaurer la liberté de circulation.

Les élections devront suivre. Elles sont indispensables à l’avenir démocratique du pays. Mais elles doivent se tenir dans des conditions qui leur donnent un sens.

On ne construit pas la démocratie sous la menace des fusils.

Kenscoff doit donc provoquer une rupture dans l’agenda national : suspendre temporairement le processus électoral, libérer les otages, mobiliser les ressources de l’État, reprendre les territoires et sécuriser le pays.

Ensuite, Haïti pourra retourner aux urnes.

Aujourd’hui, l’urgence, ce n’est plus les élections. C’est de protéger la vie des Haïtiennes et des Haïtiens et de restaurer l’autorité de l’État.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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