POLITIQUE — Face aux Éminentes Personnalités de la CARICOM, l’Opposition progressiste n’a pas fait dans la demi-mesure. Gouvernement à renvoyer, Exécutif à recomposer, processus électoral à revoir : le regroupement estime que les conditions ne sont plus réunies pour conduire Haïti aux urnes sans remettre d’abord la transition à plat.
La bataille autour des élections change de terrain. Et de dimension.
Reçue par la délégation des Éminentes Personnalités de la CARICOM en visite en Haïti, l’Opposition progressiste a profité de la rencontre pour mettre sur la table une contestation beaucoup plus large que celle du calendrier électoral.
Dans un communiqué daté du 4 septembre 2026, le regroupement affirme avoir transmis à la délégation caribéenne un mémoire sur la crise politique, sécuritaire et électorale. Sa conclusion est sans détour : poursuivre dans la même direction exposerait, selon lui, Haïti à un « basculement définitif dans le chaos ».
La transition au banc des accusés
Le réquisitoire est sévère. L’Opposition progressiste conteste la légitimité du pouvoir en place depuis le 7 février 2026 et accuse le Conseil présidentiel de transition de s’être enfermé dans les divisions et le clientélisme.
Insécurité, progression des groupes armés, impunité, népotisme, corruption : le regroupement dresse un inventaire à charge de la transition et estime que celle-ci n’a pas répondu aux attentes placées en elle.
Ces accusations restent celles de l’Opposition progressiste. Le communiqué qui les porte ne fournit pas, à lui seul, les éléments permettant d’en vérifier indépendamment l’ensemble.
Les urnes sous suspicion
L’offensive se poursuit sur le terrain électoral.
Le décret électoral ? « Anti-démocratique », selon le regroupement. Le Conseil électoral provisoire ? « Neutralisé ». Les inscriptions électorales ? Contestées. Quant au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et à son entourage, ils sont accusés par l’Opposition progressiste de vouloir peser sur la compétition.
Une charge lourde, là encore formulée par les opposants.
Mais ceux-ci prennent soin de ne pas apparaître comme adversaires du principe même des élections. Ils assurent vouloir participer au scrutin. Pas à n’importe quel prix, ni dans n’importe quelles conditions.
En clair : les urnes, oui. Le processus actuel, non.
Gouvernement dehors
C’est le cœur politique du document.
L’Opposition progressiste réclame d’abord le renvoi immédiat du gouvernement. Elle veut ensuite la mise en place d’un nouvel exécutif bicéphale, avec une mission précise et une durée limitée.
Troisième exigence : un dialogue national inclusif, accompagné par la communauté internationale, notamment les Nations unies, la CARICOM et l’Organisation des États américains, afin de remettre le processus sur les rails et d’aboutir à des élections « crédibles, honnêtes et transparentes ».
Ce n’est donc plus seulement le fonctionnement du processus électoral qui est contesté. C’est l’équipe chargée de le conduire.
La CARICOM directement interpellée
En choisissant de porter ces revendications devant la délégation caribéenne, le regroupement cherche aussi à internationaliser son bras de fer avec le pouvoir.
Son avertissement vise directement les partenaires étrangers d’Haïti : pas question, selon lui, que la communauté internationale accompagne un statu quo jugé intenable. La CARICOM est ainsi appelée à ne pas « cautionner » le processus actuel.
Le message est porté par plusieurs figures de l’opposition, dont Me Annibal Coffy, l’ancien sénateur Dieuseul Simon Desras, l’ancien député Jonas Coffy, Saint-Armand Delissaint, Me Jeantel Joseph, le professeur Delson Cius et Me Francisco Alcide.
Le Grand Bloc du Peuple, Consensus Politique, Opposition Plurielle et l’Accord Montana figurent parmi les structures représentées. Marc-Arthur Mesidor, pour Konviksyon pou Chanjman, et l’ingénieur Jonas Jean Félix, pour MOPELID, apparaissent également parmi les signataires.
La bataille n’est plus seulement électorale
Cette rencontre avec la CARICOM marque ainsi un déplacement du débat.
Depuis des semaines, les critiques se concentrent sur le décret électoral, les inscriptions, le fonctionnement du CEP ou encore les conditions sécuritaires dans lesquelles le scrutin doit être organisé. L’Opposition progressiste va désormais plus loin : elle remet en cause le pouvoir qui pilote la transition.
Derrière la bataille des élections se dessine donc une autre bataille, autrement plus explosive : celle de savoir qui doit conduire Haïti jusqu’aux urne
Tanes DESULMA,
Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.
Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site web. Si vous continuez à utiliser ce site, nous supposerons que vous en êtes satisfait.