L’ éditorial de la rédaction. Un professeur roué de coups en pleine manifestation. Des policiers qui bousculent, insultent, intimident et gazent. Des caméras qui filment. Et, au sommet de l’État, un silence assourdissant.

Les images du 4 septembre à Delmas sont insupportables. Le professeur Junior Bateau, enseignant et militant de longue date, est passé à tabac par des policiers de l’Unité départementale de maintien de l’ordre (UDMO), sous les yeux de notre journaliste Jean Baptiste Larosilière et de plusieurs médias.

Les hurlements de douleur disent le reste.

Il ne s’agit plus ici de maintien de l’ordre. Quand la force devient gratuite, l’ordre déborde et l’uniforme cesse d’être une justification.

Une police forte n’est pas une police brutale

La Police nationale d’Haïti traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire. Elle affronte des groupes armés lourdement équipés, perd des hommes et tente de reprendre des territoires abandonnés à la violence. Elle mérite, dans cette mission, le soutien de la nation.

Mais précisément parce que la PNH représente la force légitime de l’État, elle ne peut se permettre d’en devenir la force arbitraire.

Frapper un manifestant à terre, intimider des citoyens ou faire usage de gaz sans discernement ne renforce pas l’autorité de la police. Cela la fragilise. Et chaque brutalité commise sous l’uniforme offre un argument supplémentaire à ceux qui ne croient déjà plus aux institutions.

Et l’État ?

Depuis vendredi, les images circulent à une vitesse vertigineuse. Elles indignent. Elles choquent. Elles donnent à voir une violence que les communiqués officiels ne pourront pas effacer.

Pendant ce temps, le pouvoir paraît tétanisé.

Le directeur général de la PNH, Jonas Vladimir Paraison, doit parler. Pas pour exprimer une vague émotion. Pas pour protéger l’institution derrière des formules administratives. Mais pour dire ce qui s’est passé, annoncer une enquête et déterminer les responsabilités.

Le gouvernement doit faire de même.

D’autant qu’une délégation de la Communauté caribéenne séjourne actuellement dans le pays. Voilà donc l’image qui voyage : celle d’un État incapable de protéger correctement ses citoyens jusque dans l’exercice d’une liberté publique.

Le droit de manifester n’est pas négociable

Une manifestation peut être tendue. Des policiers peuvent être provoqués. Des débordements peuvent survenir. Le maintien de l’ordre est un métier difficile.

Mais rien de cela ne donne un permis de frapper.

La violence policière ne devient pas acceptable parce que le pays traverse une crise sécuritaire. Au contraire. Dans un État fragilisé, la discipline de ceux qui portent les armes de la République devrait être exemplaire.

L’affaire Junior Bateau exige donc plus qu’une indignation passagère. Elle exige des explications, une enquête et, si les faits sont établis, des sanctions.

Parce qu’une police respectée ne se construit pas par la peur.

Et lorsqu’un citoyen doit craindre ceux qui sont chargés de le protéger, ce n’est plus seulement le maintien de l’ordre qui dérape : c’est l’autorité même de l’État qui vacille.

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