Le secrétaire général de l’OEA estime que toute personne entretenant des liens avec des organisations criminelles devrait être exclue de la compétition électorale. Une sortie qui relance brutalement la question des personnalités politiques haïtiennes frappées de sanctions internationales et place les autorités nationales devant leurs responsabilités.
PORT-AU-PRINCE — Albert Ramdin met les pieds dans le plat. À l’approche des élections, le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) estime que les candidats liés aux organisations criminelles doivent rester hors de la course.
« Qu’il s’agisse du niveau présidentiel, local ou législatif, ma position est très claire : toute personne ayant des liens avec des organisations criminelles ne devrait pas être autorisée à prendre part au scrutin », a-t-il déclaré vendredi 11 septembre 2026.
Mais Ramdin renvoie immédiatement la responsabilité aux institutions nationales : « La manière de vérifier cela relève des autorités haïtiennes. »
La déclaration frappe un point particulièrement sensible. Plusieurs poids lourds de la politique haïtienne ont été sanctionnés à l’étranger ces dernières années.
Parmi eux figurent notamment les anciens présidents Michel Joseph Martelly et Jocelerme Privert, les anciens sénateurs Youri Latortue, Joseph Lambert, Rony Célestin, Hervé Fourcand et Gracia Delva, ainsi que les anciens députés Gary Bodeau et Prophane Victor, Arnel Bélizaire.
Mais tous ne sont pas visés pour les mêmes motifs. Les régimes de sanctions étrangers distinguent notamment des accusations relatives au financement ou au soutien des gangs, à la déstabilisation, à la corruption ou à d’autres activités illicites. Les personnalités concernées ont contesté les accusations portées contre elles.
Ramdin n’a, de son côté, cité aucun nom. Il estime néanmoins que des sanctions bilatérales pourraient être prises en compte dans l’examen des candidatures si les autorités haïtiennes décident d’en faire un critère.
« CERTAINS POLITICIENS ONT DES LIENS AVEC LES GANGS »
Puis vient la phrase la plus lourde : « Certains politiciens ont des liens avec les gangs. »
Ramdin précise aussitôt qu’il ne vise pas toute la classe politique. Mais dans un pays ravagé par la violence des groupes armés, son affirmation fait immédiatement resurgir le dossier des sanctions et pose une question politiquement explosive : qui pourra réellement se présenter aux prochaines élections ?
Le secrétaire général de l’OEA réclame des élections « propres » et des candidats « solides, irréprochables ». Il renvoie aux autorités haïtiennes le soin de déterminer qui sera éligible.
C’est là que commence la difficulté.
Une sanction étrangère n’est pas automatiquement une condamnation prononcée par un tribunal haïtien. Écarter un candidat sur cette seule base pourrait donc déclencher une bataille juridique. Mais ignorer des accusations internationales aussi graves exposerait également le processus électoral à une crise de crédibilité.
Tout l’enjeu est là : respecter la présomption d’innocence sans faire des élections un refuge pour des acteurs dont les liens avec le crime organisé seraient établis.
L’ÉTAT HAÏTIEN FACE À SES RESPONSABILITÉS
La sortie de Ramdin met ainsi l’État devant une contradiction devenue difficile à soutenir.
Des personnalités politiques haïtiennes sont sanctionnées depuis plusieurs années. Certaines font l’objet, à l’étranger, d’accusations extrêmement graves. Elles les contestent. Pourtant, la justice haïtienne n’a pas établi leur culpabilité sur la base de ces accusations.
Une démocratie ne peut durablement vivre entre sanctions étrangères, soupçons nationaux et silence judiciaire.
Si des éléments sérieux existent, les institutions compétentes doivent enquêter et la justice doit pouvoir faire son travail. Si les accusations ne peuvent être établies, les personnes mises en cause doivent pouvoir défendre leurs droits et leur réputation.
Le dossier devient d’autant plus brûlant que certaines de ces personnalités pourraient vouloir peser directement ou indirectement sur la prochaine bataille électorale.
Ramdin refuse de dresser lui-même une liste noire. Il laisse cette responsabilité aux Haïtiens. Au Conseil électoral provisoire de statuer conformément au droit. À la justice d’établir les faits. Et au gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé de garantir que les institutions puissent agir sans protection politique ni instrumentalisation.
Une question domine désormais : peut-on prétendre organiser des élections « propres » sans avoir préalablement fait la lumière sur les accusations qui, depuis des années, empoisonnent les rapports entre politique, argent et gangs en Haïti ?
Ramdin vient de mettre le dossier sur la table. Les autorités haïtiennes ne pourront pas éternellement l’esquiver.