Wilner Joseph parcourt le pays sous les couleurs de VIKTWA tandis que sa proximité avec le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé demeure au cœur de son ascension politique. À Tabarre, une distribution de milliers de kits scolaires associée publiquement à VIKTWA ravive une question essentielle : où finit l’État et où commence la campagne ?

À peine lancé dans la course présidentielle, Wilner Joseph est déjà partout : Cap-Haïtien, Gonaïves, Tabarre, Les Cayes, Petit-Goâve. Cette occupation du terrain serait banale si le candidat de VIKTWA n’était pas également issu du premier cercle du pouvoir.

C’est là que réside le problème.

Une élection équitable ne suppose pas que tous les candidats disposent de la même popularité, des mêmes militants ou des mêmes ressources privées. Elle exige en revanche que personne ne puisse tirer de sa proximité avec l’État un avantage inaccessible à ses concurrents.

À Tabarre, le mélange des genres

Les images diffusées par Yves Léonard rendent cette question particulièrement concrète. Dans une publication sur son compte Facebook, celui-ci revendique une distribution de kits scolaires à « 5 000 parents » tout en associant explicitement l’opération à VIKTWA. Les images montrent une foule, des sacs distribués et des participants portant les couleurs du regroupement.

Selon les informations recueillies par Alternance Média, des appels en faveur de Wilner Joseph ont également accompagné cette opération.

Ce mélange entre assistance matérielle et mobilisation politique est précisément ce qui nourrit le clientélisme : le citoyen que l’on devrait convaincre par un projet devient le bénéficiaire auquel on distribue un avantage.

La question du financement doit donc être posée sans détour : qui paie ?

Si des ressources publiques sont engagées directement ou indirectement dans de telles opérations, il s’agirait d’une rupture grave de l’égalité entre candidats. Les institutions publiques dont les moyens sont mis en cause dans le débat doivent rendre leurs dépenses parfaitement traçables.

Où finit l’État, où commence VIKTWA ?

Le problème dépasse Tabarre.

Wilner Joseph a évolué au cœur de l’appareil gouvernemental et demeure politiquement associé au premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Dans ces conditions, une obligation particulière s’impose : rendre incontestable la séparation entre les moyens de sa candidature et ceux de l’État.

ONA, OAVCT, FAES, AAN, ministère de l’intérieur : les organismes publics évoqués dans les accusations entourant l’influence du candidat doivent rester des institutions au service de la collectivité, et non devenir des instruments de conquête électorale.

L’argent public n’appartient ni au gouvernement ni à ses alliés. Il appartient aux contribuables.

C’est précisément pour cela que l’origine des moyens mobilisés doit être connue.

La pauvreté n’est pas un bulletin de vote

Le cas VIKTWA révèle surtout une maladie beaucoup plus ancienne de la politique haïtienne : le clientélisme.

Mille gourdes, un kit scolaire, un sac de nourriture, une promesse d’emploi, une nomination : à force de transformer la précarité en instrument de mobilisation, on finit par substituer la dépendance au choix politique.

Dans ces conditions, comment mesurer la véritable popularité d’un candidat ? Combien viennent pour son programme ? Combien pour une aide ? Combien pour un emploi espéré ?

Une foule n’est pas nécessairement un électorat.

La compétition démocratique devrait porter sur la sécurité, l’économie, l’éducation, la justice, la reconstruction des institutions et la capacité à gouverner. Pas sur la capacité d’un camp à distribuer davantage que l’autre.

L’égalité commence avant les urnes

Le CEP ne peut donc réduire son rôle à l’organisation matérielle du scrutin. L’intégrité électorale exige également une séparation rigoureuse entre administration publique et activités partisanes, ainsi qu’une véritable transparence du financement politique.

Un candidat peut être plus populaire, plus riche ou mieux organisé qu’un autre. Cela appartient à la compétition politique.

Mais aucun candidat ne devrait disposer de l’État comme avantage comparatif.

VIKTWA et Wilner Joseph ont le droit de parcourir le pays, de mobiliser et de chercher à convaincre. Qu’ils le fassent par leurs idées, leur programme et leurs propres ressources politiques.

C’est à cette condition que leur force pourra réellement être mesurée face à celle de leurs adversaires.

Haïti mérite une campagne où des projets affrontent des projets, où les compétences sont comparées et où le citoyen choisit sans dépendre de celui qui distribue.

Que les mille gourdes cèdent enfin la place aux mille idées.

Car la démocratie ne commence pas lorsque le bulletin tombe dans l’urne.

Elle commence lorsque l’État cesse d’être un avantage électoral.

By Jeamson LIZINCE

Jeameson LIZINCE est expert en gestion de projet, diplômé en gestion des ressources humaines, étudiant en science politique à IERAH ( Université d' État d 'HaÏti ) et journaliste politique d' ALTERNANCE MÉDIA

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