Les gangs ont les fusils, contrôlent des territoires et imposent leur loi. Le gouvernement, lui, compte déjà les « dividendes de la paix ».
Il fallait y penser.
La paix n’est pas là, mais ses dividendes ont déjà leur fonds.
Lundi 14 septembre, dans le confort de la Villa d’Accueil, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a lancé, avec les Nations unies, le Fonds pour les dividendes de la paix en Haïti (FDPH). Désarmement, démantèlement, réinsertion, réduction des violences communautaires : le vocabulaire est impeccable. Presque clinique.
Pendant ce temps, le pays réel attend autre chose.
Il attend que l’État redevienne l’État.
Car lorsqu’un gouvernement peine encore à garantir la libre circulation de ses citoyens, à reprendre durablement les territoires sous emprise armée et à protéger une population terrorisée, parler déjà de « dividendes de la paix » relève moins de la victoire que d’un étrange empressement à célébrer une bataille qui n’est pas gagnée.
Avant les dividendes, messieurs, commencez donc par nous montrer la paix.
Et l’urgence, elle, ne nécessite ni nouveau fonds ni nouvel acronyme.
L’urgence est de mettre les gangs et leurs fournisseurs hors d’état de nuire.
L’urgence est de débloquer les routes.
L’urgence est de reconquérir les territoires.
L’urgence est de sécuriser la population.
L’urgence est de couper les circuits financiers et les approvisionnements en armes et en munitions.
L’urgence est enfin de rechercher les commanditaires, les financiers, les facilitateurs et les protecteurs partout où les preuves conduisent.
Voilà le véritable fonds dont Haïti a besoin : un fonds de courage politique.