À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée ce samedi 10 octobre 2026, le ministre de l’Éducation nationale, Vijonet Déméro, réaffirme sa volonté de placer le bien-être psychologique des élèves au cœur de sa politique éducative. Dans un pays profondément marqué par la violence des groupes armés, le MENFP mise sur une stratégie nationale et la formation de personnels spécialisés pour mieux accompagner les enfants.

Port-au-Prince, 10 octobre 2026. — Apprendre dans un pays en crise ne se résume plus à maîtriser la lecture, l’écriture ou les mathématiques. Pour des milliers d’écoliers haïtiens confrontés à l’insécurité, aux déplacements forcés et aux traumatismes liés à la violence, retrouver un équilibre psychologique constitue désormais une condition essentielle à la réussite scolaire.

C’est ce défi que le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), Dr Vijonet Déméro, entend placer au premier rang de ses priorités.

Dans un message adressé ce samedi à l’ensemble de la communauté éducative, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, le titulaire du MENFP défend une conception plus humaine de l’école, appelée à devenir un espace de protection autant que d’apprentissage.

« Un enfant en bonne santé apprend mieux », rappelle le ministre, convaincu que la santé mentale doit désormais constituer l’un des piliers de la gouvernance éducative.

Une première stratégie nationale pour les écoles

Au-delà de cette déclaration de principe, Vijonet Déméro met en avant une avancée institutionnelle qu’il présente comme historique : l’adoption de la première Stratégie nationale de santé mentale en milieu scolaire.

Cette initiative repose sur un protocole d’accord interministériel associant le MENFP, le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), le ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) ainsi que le ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP).

L’objectif est de construire un dispositif coordonné capable de prévenir les troubles psychologiques, de repérer les situations de détresse et de faciliter l’accompagnement des élèves les plus vulnérables.

Dans cette perspective, le ministère annonce la formation de 150 facilitateurs et cadres issus du MENFP et de la PNH/EDUPOL, certifiés en accompagnement psychosocial communautaire.

Ces personnels doivent contribuer au déploiement progressif d’interventions dans les établissements scolaires, notamment pour favoriser la détection précoce des difficultés émotionnelles et orienter les enfants vers une prise en charge adaptée.

Une école confrontée aux blessures de la violence

Cette orientation intervient dans un contexte particulièrement éprouvant pour le système éducatif haïtien.

La multiplication des violences armées, les déplacements de populations et la désorganisation de la vie quotidienne exposent de nombreux enfants à des expériences traumatisantes. Peur, anxiété, difficultés de concentration et sentiment d’insécurité peuvent durablement affecter leur parcours scolaire.

Pour Vijonet Déméro, l’école ne peut rester indifférente à cette réalité. Elle doit dépasser sa mission traditionnelle de transmission des connaissances pour devenir un environnement protecteur, capable de reconnaître et d’accompagner la souffrance psychologique.

Cette ambition suppose toutefois des moyens durables, une coordination efficace entre les institutions et un accompagnement régulier des équipes pédagogiques. La portée réelle de la stratégie dépendra notamment de sa mise en œuvre dans les établissements les plus exposés à l’insécurité.

Déméro appelle à une mobilisation de toute la communauté éducative

Le ministre entend également associer les directeurs d’école, les enseignants, les personnels administratifs, les parents et les partenaires éducatifs à cette nouvelle démarche.

Il invite chacun à devenir un acteur de la prévention et de la bienveillance, en accordant une attention particulière aux signes de détresse chez les élèves.

« Soyez les sentinelles de la bienveillance dans vos salles de classe », exhorte-t-il dans son message.

Au-delà des dispositifs institutionnels, Vijonet Déméro appelle à dépasser les divisions pour construire une réponse collective aux souffrances qui traversent la société haïtienne.

En faisant de la santé mentale une priorité éducative, le MENFP affiche ainsi une ambition qui dépasse les seuls résultats scolaires : permettre aux enfants d’apprendre, mais aussi de se reconstruire.

Reste désormais à traduire cette volonté politique en accompagnement concret et durable, dans un système scolaire où les besoins psychologiques des élèves sont considérables et les ressources souvent limitées.

Alternance Média — L’info autrement

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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