Un complot international financé dans l’ombre, entre argent, manipulations et zones d’ombre persistantes

Le procès fédéral en Miami autour de l’assassinat du président haïtien continue de lever le voile sur les coulisses d’un crime aux ramifications complexes. Selon un expert-comptable du FBI, le complot ayant conduit à la mort de Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, aurait été financé à hauteur d’environ 343 000 dollars.

Un montant reconstitué à partir de centaines de transactions financières mêlant prêts, cartes de crédit, virements bancaires et même des fonds d’aide liés à la pandémie de Covid-19. À la barre, l’expert a détaillé un système fragmenté, impliquant plusieurs individus et sociétés basées en Floride, dont Worldwide Capital Lending Group et la Counter Terrorist Unit (CTU).

Un financement structuré pour une opération clandestine

Selon l’accusation, ces fonds ont permis de financer l’ensemble de l’opération : recrutement de mercenaires colombiens, transport aérien, hébergement à Port-au-Prince et acquisition d’équipements tactiques. Au total, plus de 20 000 dollars auraient été dépensés en matériel, tandis que des dizaines de milliers de dollars ont servi à la logistique.

Parmi les figures clés du dossier figure Rodolphe Jaar, qui a reconnu avoir injecté de l’argent dans le complot, notamment pour corrompre des membres de la sécurité présidentielle afin de neutraliser toute intervention lors de l’attaque.

Les procureurs soutiennent que le projet initial, présenté comme une opération visant à arrêter le président, s’est progressivement transformé en un plan d’assassinat, motivé en partie par des intérêts financiers liés à de futurs contrats de sécurité en Haïti.

Une défense fragilisée face aux preuves

Face à ces éléments, la défense tente de démontrer que l’assassinat ne faisait pas partie du complot initial, ou qu’il aurait été exécuté par d’autres acteurs, notamment au sein même de l’appareil sécuritaire haïtien. Mais la juge fédérale a rejeté plusieurs arguments clés, estimant que les preuves présentées par l’accusation démontrent l’existence d’un complot évolutif ayant conduit à la mort du chef de l’État.

Les débats ont également été marqués par des tensions autour des témoins absents, notamment certains responsables haïtiens que la défense n’a pas pu faire comparaître.

La piste vaudou écartée par la justice

L’un des épisodes les plus controversés du procès concerne la tentative de la défense d’introduire un expert en vaudou. Les avocats souhaitaient établir un lien entre les mutilations du corps du président et d’éventuelles pratiques rituelles.

Une hypothèse que la juge a fermement rejetée, estimant qu’aucune preuve tangible ne permettait d’établir un lien entre ces actes et la religion vaudou. Elle a également mis en doute la pertinence d’un tel témoignage dans un procès centré sur des faits criminels et financiers.

Un procès décisif, une vérité encore fragmentée

Après plusieurs semaines d’audience, le procès entre dans sa phase finale. Il devra déterminer les responsabilités dans une affaire où se croisent réseaux internationaux, ambitions politiques et intérêts financiers.

Près de cinq ans après les faits, l’assassinat de Jovenel Moïse demeure un symbole des fractures profondes de l’État haïtien — et d’une vérité judiciaire encore en construction.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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