Après le massacre de Kenscoff qui a fait plus de 50 morts, Me André Michel appelle le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à faire « le grand ménage » au sein de son équipe et à former un « gouvernement de combat ». Il réclame également une rencontre urgente avec le CEP et les forces politiques pour réévaluer le processus électoral face à la dégradation de la situation sécuritaire.
À Kenscoff, le massacre ne s’est pas arrêté avec les tirs. Après une attaque qui a fait plus de 50 morts, dont des enfants, des dizaines d’habitants seraient toujours retenus en otage par des hommes armés.
Selon les informations recueillies par Alternance Média, le chef du groupe qui les détient aurait menacé de tuer les otages en cas de riposte des forces de l’ordre. Malgré la visite sur place du directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), Jonas Vladimir Paraison, l’angoisse reste vive parmi les familles, qui espèrent désormais retrouver leurs proches vivants.
Un CSPN convoqué en urgence
Face à la gravité de la situation, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a convoqué mercredi une réunion d’urgence du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) afin d’évaluer la situation et de tenter d’apporter une réponse à la nouvelle poussée de violence.
Autour de la table : le ministre de la Défense Mario Andrésol, le ministre de l’Intérieur Paul Antoine Bien-Aimé, le ministre de la Justice Patrick Pélissier et le directeur général de la PNH, Jonas Vladimir Paraison.
La réunion s’est également déroulée en présence du haut état-major de la Force de répression des gangs (FRG).
Ce nouveau conseil de sécurité intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’exécutif. Les autorités sont désormais confrontées à une double urgence : reprendre le contrôle des zones touchées par les groupes armés et garantir les conditions minimales de sécurité nécessaires à la poursuite du processus électoral.
André Michel dénonce « l’échec » du gouvernement et de la FRG
C’est précisément sur ce terrain que Me André Michel a choisi d’interpeller le pouvoir.
Dans une première publication sur X, jeudi 27 août, l’avocat et responsable politique établit un lien direct entre le massacre de Kenscoff et l’incapacité, selon lui, des autorités à instaurer un environnement permettant la tenue des élections.
« Le dernier Massacre de Kenskòf est la manifestation de l’échec du Gouvernement et de la FRG à créer le climat sécuritaire nécessaire aux élections. Ce Gouvernement hors-sol ne peut pas gérer cette situation. Fils-Aimé doit faire le grand ménage et monter un gouvernement de combat. »
Le ton est sévère. André Michel ne réclame plus seulement une réponse policière aux attaques. Il demande au Premier ministre de revoir son équipe et sa stratégie sécuritaire.
Son expression de « gouvernement de combat » traduit la ligne qu’il défend : une équipe recentrée sur la sécurité, capable selon lui de reprendre l’initiative face aux groupes armés et de créer les conditions permettant de sortir de la transition.
« Il est minuit moins cinq »
Dans une deuxième déclaration publiée le même jour, André Michel élargit son avertissement au processus électoral.
« Il est minuit moins 5 ! Le temps joue contre le Premier Ministre. Il doit rapidement rencontrer le CEP et les forces politiques et sociales pour évaluer le processus électoral et prendre les mesures appropriées. Nous avons tous la responsabilité de mettre fin à la Transition. »
Pour l’homme de loi, le gouvernement ne peut donc plus dissocier la question électorale de la réalité sécuritaire du pays.
Des doutes sur les conditions des élections
André Michel avait déjà développé cette position mercredi matin sur le plateau de Gazette Haïti News.
Il avait appelé le gouvernement et le Conseil électoral provisoire (CEP) à dire clairement aux forces politiques et aux candidats engagés dans la course électorale quelle est la situation réelle.
Selon lui, laisser les candidats mobiliser leurs ressources et engager d’importantes dépenses dans une campagne avant d’interrompre éventuellement le processus à la dernière minute serait irresponsable.
La question devient d’autant plus sensible que l’organisation d’élections suppose la libre circulation des candidats et des électeurs, l’accès aux centres de vote ainsi que la capacité des forces de sécurité à protéger le personnel et le matériel électoraux.
Pour André Michel, une évaluation politique et sécuritaire doit donc intervenir rapidement afin de déterminer dans quelles conditions le processus peut réellement se poursuivre.
Kenscoff met l’exécutif sous pression
Le massacre de Kenscoff constitue désormais un nouveau test pour le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé.
La convocation du CSPN montre que l’exécutif mesure la gravité de la situation. Mais les prochaines décisions seront particulièrement scrutées, tant sur le terrain sécuritaire que sur celui des élections.
André Michel, lui, réclame désormais un changement de méthode et une concertation urgente entre le gouvernement, le CEP et les forces politiques et sociales.
À Kenscoff, cependant, l’urgence reste d’abord humaine. Pour les familles des personnes encore retenues, les débats sur le gouvernement, la transition ou le calendrier électoral passent derrière une attente immédiate : retrouver leurs proches vivants.
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