Alors que sa dotation passe de 35 à 75 millions de gourdes, selon les informations recueillies par Alternance Média, l’Agence nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique dénonce un budget insuffisant. Mais cette offensive intervient sur fond de divisions internes. Une source au sein de l’institution conteste notamment les conditions dans lesquelles le texte présenté comme une position du Conseil aurait été publié.
L’ANESRS hausse le ton. Dans une correspondance adressée au gouvernement , son Conseil dénonce une enveloppe budgétaire qu’il juge incompatible avec ses responsabilités. Le texte va jusqu’à suggérer que des considérations politiques feraient obstacle à la consolidation de l’institution.
Les chiffres obtenus par Alternance Média apportent toutefois un éclairage différent. La dotation de l’Agence passe de 35 à 75 millions de gourdes pour l’exercice 2026-2027, soit une hausse de 40 millions, équivalant à environ 114 %. Le budget a donc plus que doublé.
Cette augmentation ne signifie pas que tous les besoins sont couverts. Elle impose néanmoins aux administrateurs d’expliquer précisément les insuffisances dénoncées, de détailler leurs priorités et de présenter les réalisations auxquelles les ressources publiques ont contribué.
Or, derrière la protestation affichée, le Conseil serait profondément divisé. Une source interne, interrogée sous couvert d’anonymat, décrit des désaccords persistants entre les six administrateurs sur la gestion des fonds, l’organisation du travail et la conduite de l’institution. Selon ce témoignage, la lettre ne refléterait pas un consensus entre les membres.
La source met particulièrement en cause le docteur Jacques Abraham, présenté comme haut-commissaire de l’Agence. Elle affirme qu’il aurait utilisé les noms de collègues sans leur consentement pour faire publier cette prise de position dans les colonnes du Nouvelliste. Cette initiative aurait provoqué une vive querelle au sein du Conseil.
Cette accusation porte sur l’autorisation de parler au nom des autres membres.
La même source reproche au docteur Abraham une gestion autoritaire et décrit un Conseil miné par les conflits. Ce témoignage interroge la capacité des responsables à construire une position collective et à organiser le fonctionnement d’une institution appelée à réguler le secteur universitaire.
La disponibilité des administrateurs est également questionnée. D’après cette source, l’un résiderait au Canada, un autre à Jacmel, tandis que la Dre Ketty Balthazar Accou, membre du Conseil, travaillerait pour l’UNESCO. Ces indications restent à confirmer et ne démontrent pas, à elles seules, un défaut de participation. Elles appellent cependant des précisions sur la présence effective des membres, la répartition des responsabilités et le suivi des dossiers.
Au-delà des querelles, le bilan mérite d’être examiné. La source interne décrit une activité très limitée. Cette appréciation reste à confronter aux travaux de l’Agence : quels établissements ont été évalués ? Quels rapports ont été produits ? Quelles démarches ont été engagées pour renforcer la qualité des formations et soutenir la recherche scientifique ?
Dans sa lettre, le Conseil invoque pourtant des missions considérables : régulation du secteur, évaluation des programmes, lutte contre les faux diplômes et amélioration de la crédibilité universitaire. Il affirme également que ses membres, installés en janvier 2026, ont travaillé plusieurs mois sans salaire, hormis des frais accordés en fin d’exercice.
Ces difficultés alléguées appellent des données précises sur les crédits effectivement reçus et leur utilisation. Un bilan financier et un rapport d’activité permettraient de mesurer les obstacles rencontrés, mais aussi le travail accompli.
Avant de donner des leçons sur les priorités nationales, l’ANESRS doit démontrer sa capacité à remplir les missions qui lui sont confiées. Évaluer les établissements, contrôler la qualité des formations, produire des rapports et rendre compte de l’utilisation des fonds publics : c’est sur ces actes qu’elle sera jugée. Qu’elle présente des résultats concrets : ses revendications n’en auront que plus de poids.
Alternance Média — Service économie et éducation