En se rapprochant, selon ses détracteurs, d’une plateforme engagée dans la bataille électorale, Alix Didier Fils-Aimé aurait franchi la ligne rouge de la neutralité. Me André Michel accuse le chef du gouvernement d’avoir « galvaudé » la transition et d’installer un climat de défiance autour du processus électoral.
La charge est sévère. Invité de l’émission Panel Magik, mardi 22 septembre 2026, Me André Michel a directement mis en cause la conduite politique du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Au centre de ses critiques : VIKTWA, plateforme politique dont la proximité avec l’entourage du chef du gouvernement nourrit les accusations de ses adversaires.
Pour André Michel, le problème est simple : un Premier ministre chargé de conduire une transition vers les élections ne peut, dans le même temps, être soupçonné de construire une force destinée à participer à ces mêmes élections.
« L’une des grandes fautes politiques du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a été la mise en place de sa propre plateforme politique. Et c’est une faute politique grave », a-t-il déclaré.
VIKTWA, LE SOUPÇON QUI PÈSE SUR LA PRIMATURE
Wilner Joseph, candidat annoncé à la présidence sous la bannière de VIKTWA, est notamment connu comme un proche conseiller du Premier ministre. Une proximité qui alimente les critiques sur la neutralité du pouvoir à l’approche des élections.
Pour André Michel, cette situation suffit à installer le doute.
« On ne peut pas être chef de l’Exécutif d’une transition, avoir à sa disposition l’administration publique et les ministères régaliens de l’État, et décider de monter son propre regroupement », soutient-il.
Autrement dit, selon l’avocat : on ne peut pas être l’arbitre et le joueur à la fois.
« UNE TRANSITION PARTISANE »
L’accusation va plus loin qu’une simple querelle entre responsables politiques.
André Michel estime que la controverse autour de VIKTWA atteint désormais la crédibilité même du processus électoral. Le gouvernement dispose de l’appareil administratif de l’État tandis que le Conseil électoral provisoire doit préparer les prochaines élections. Dans ce contexte, toute suspicion de proximité entre le pouvoir et une force électorale devient politiquement sensible.
« Avec cette faute, il sape la confiance des acteurs politiques dans le processus électoral », accuse André Michel.
L’avocat affirme d’ailleurs avoir personnellement fait part au Premier ministre de ses réserves sur cette orientation.
Selon lui, le lancement d’une plateforme attribuée à l’entourage du chef du gouvernement a également contribué à fissurer le soutien politique dont bénéficiait Alix Didier Fils-Aimé après le départ du Conseil présidentiel de transition.
DE L’ALLIÉ AU PROCUREUR POLITIQUE
La critique est d’autant plus significative qu’André Michel faisait partie des acteurs ayant soutenu le Pacte national pour la sécurité et l’organisation des élections signé en février.
Quelques mois plus tard, le ton a radicalement changé.
« À partir du moment où le Premier ministre lance sa propre plateforme politique, ça devient une transition partisane », martèle André Michel.
Il ne remet cependant pas en cause le maintien du Conseil électoral provisoire, qu’il estime nécessaire pour poursuivre l’organisation des élections. Il appelle plutôt à une nouvelle « dynamique de gouvernance capable de mettre tout le monde confortable ».
Pour André Michel, le problème se situe désormais au sommet de l’Exécutif.
« Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé ne rassure plus les acteurs politiques. Et il le sait », affirme-t-il.
À mesure que la bataille électorale se dessine, l’affaire VIKTWA place donc la Primature devant une question embarrassante : comment garantir aux compétiteurs politiques l’impartialité de l’arbitre lorsque certains d’entre eux soupçonnent celui-ci d’avoir déjà un pied sur le terrain ?