Une large coalition de partis et d’organisations accuse le gouvernement de compromettre les conditions d’élections libres, transparentes et crédibles.
Port-au-Prince. Le climat politique haïtien franchit un nouveau seuil de tension. Une vingtaine de partis politiques, de plateformes et d’organisations sociopolitiques ont publié, jeudi 25 juin, une déclaration commune particulièrement sévère contre le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé. À leurs yeux, les conditions minimales permettant l’organisation d’élections démocratiques ne sont plus réunies. Plus encore, ils estiment que l’exécutif s’emploie à prendre le contrôle du processus électoral afin d’en orienter l’issue.
Dans ce texte de plusieurs pages, les signataires dressent un véritable réquisitoire contre la gouvernance actuelle. Ils dénoncent une accumulation de décisions qu’ils jugent contraires aux principes démocratiques, une concentration croissante des pouvoirs au sein de l’exécutif et une détérioration continue des conditions de vie de la population, confrontée à l’insécurité, à la misère et à l’expansion des groupes armés.
Le premier grief porte sur le fonctionnement du Conseil électoral provisoire (CEP). Selon les organisations signataires, le Premier ministre aurait d’abord tenté de modifier la composition de l’institution avant de revenir sur cette initiative face aux critiques. Elles lui reprochent ensuite d’avoir obtenu, par décision du Conseil des ministres, la nomination d’un directeur général doté de prérogatives inédites, une mesure qu’elles considèrent comme anticonstitutionnelle et susceptible d’affaiblir l’indépendance du collège électoral.
Les critiques visent également le décret électoral adopté le 2 juin 2026. Pour les signataires, ce texte ne constitue pas un cadre juridique garantissant des élections libres, transparentes et inclusives. Ils y voient plutôt un instrument politique destiné à consolider le pouvoir en place dans un contexte où le pays n’a toujours pas retrouvé la stabilité institutionnelle nécessaire à la tenue d’un scrutin crédible.
La déclaration s’inscrit dans un contexte de crise généralisée. Les auteurs rappellent que de larges portions du territoire demeurent sous l’influence de groupes armés, que près de deux millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays et que la situation économique continue de se dégrader. Ils estiment que le gouvernement n’a obtenu aucun résultat significatif sur le front de la sécurité, alors même que les violences continuent de s’étendre.
Autre sujet de préoccupation : la récente rencontre organisée à la résidence officielle du Premier ministre entre le CEP et plusieurs formations politiques considérées comme proches du pouvoir. Les signataires affirment que cette initiative alimente les soupçons d’un manque d’impartialité dans la conduite du processus électoral et renforce les inquiétudes quant à l’indépendance de l’institution chargée d’organiser les futures élections.
La coalition critique également l’attitude d’une partie de la communauté internationale. Selon elle, le soutien apporté aux autorités haïtiennes, malgré les dérives dénoncées, contribuerait à fragiliser davantage les exigences de transparence, de redevabilité et de respect des principes démocratiques.
Au terme de cette déclaration, les organisations franchissent un cap politique. Elles considèrent qu’Alix Didier Fils-Aimé constitue désormais « un obstacle majeur » à la création des conditions nécessaires à l’organisation d’élections crédibles, démocratiques et inclusives. Elles appellent les partis politiques, les organisations de la société civile, les acteurs économiques, les organisations professionnelles et les confessions religieuses à engager un dialogue national susceptible de restaurer la confiance et de construire un consensus autour d’une sortie de crise.
Parmi les principaux signataires figurent notamment Claude Joseph (EDE), Édouard Wadner (RDNP), Patrick Sully W. Joseph (COPPOS-Haïti et Alliés), Jean Marcel Lumérant (KID), Francenet Denius (Debout Citoyen), André Michel (SDP), Walson Sanon (ANFÒS AYITI), Pierre Ricard (KORE-N), Esaïe Beauchard (ROSPO) ainsi que plusieurs autres responsables politiques et représentants d’organisations de la société civile.
Cette déclaration marque un durcissement notable du discours de l’opposition à l’égard du gouvernement. Elle intervient alors que la question de l’organisation des prochaines élections demeure l’un des principaux points de crispation de la transition haïtienne. À l’heure de la publication de cette déclaration, les autorités gouvernementales n’avaient pas encore réagi publiquement aux accusations formulées par cette coalition politique.