Réformes, nominations et coopération internationale : les marqueurs des deux premiers mois et vingt-et-un jours

Depuis son installation à la tête du Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) en mars 2026, le ministre Vijonet Déméro multiplie les initiatives visant à insuffler une nouvelle dynamique au système éducatif haïtien. En seulement deux mois et vingt-et-un jours, le titulaire du MENFP s’est distingué par une présence active sur le terrain, une approche orientée vers les résultats et une volonté affichée de moderniser l’éducation nationale malgré un contexte national particulièrement difficile.

Contrairement à certaines pratiques administratives souvent critiquées pour leur éloignement des réalités du pays, Vijonet Déméro a choisi de privilégier le contact direct avec les acteurs du système éducatif. Du Nord au Sud, en passant par l’Artibonite, l’Ouest et plusieurs autres départements, le ministre a multiplié les visites dans les écoles publiques, les directions départementales et les centres de formation afin de mieux comprendre les difficultés auxquelles font face enseignants, élèves et personnels administratifs.

Cette présence constante sur le terrain traduit une volonté de construire des réponses adaptées aux réalités locales, notamment en matière d’infrastructures scolaires, de gestion des ressources humaines, de formation pédagogique et d’accès aux outils modernes d’apprentissage.

Un premier bilan marqué par des actions concrètes

Parmi les principales mesures engagées sous son administration figure la remise de 308 lettres de stage à des étudiants finissants de l’École Normale Supérieure (ENS), dans le but de faciliter l’intégration progressive de nouveaux enseignants qualifiés dans le système éducatif haïtien.

À cela s’ajoute la signature de plus de 600 lettres de nomination destinées à des enseignants, directeurs d’écoles nationales et responsables éducatifs répartis dans les dix Directions Départementales d’Éducation, dans une démarche de renforcement institutionnel et de régularisation du personnel.

Le ministère a également annoncé le lancement d’un processus de régularisation de plus de 1 200 enseignants, dont plusieurs travaillaient depuis des années sans statut administratif clair ni prise en charge budgétaire officielle. Plusieurs dossiers de paiement en attente auraient également été traités dans le cadre de cette opération de restructuration administrative.

Une vision qui dépasse la gestion quotidienne

Au-delà des questions administratives, Vijonet Déméro semble vouloir inscrire son passage au MENFP dans une dynamique de réforme plus profonde du secteur éducatif.

Dès son installation, plusieurs priorités ont été mises en avant :

  • la modernisation du système éducatif ;
  • la numérisation de certains services ;
  • le renforcement des laboratoires et de l’enseignement scientifique ;
  • la formation continue des enseignants ;
  • la valorisation de l’enseignement professionnel ;
  • l’amélioration de la gouvernance éducative.

Dans cette perspective, le ministre a également engagé plusieurs démarches de coopération internationale.

Lors d’un entretien accordé à Alternance Média depuis Paris, le titulaire du MENFP affirme avoir déjà mené plusieurs échanges et missions dans différentes régions du monde — notamment en Afrique, en Europe et dans les Amériques — afin d’explorer des partenariats susceptibles de contribuer au renforcement du système éducatif haïtien.

Les discussions engagées portent notamment sur la numérisation des écoles, l’accès aux nouvelles technologies, le développement des sciences dans les établissements publics et le renforcement des capacités pédagogiques.

Une dynamique observée avec attention

Pour plusieurs observateurs du secteur éducatif, peu de ministres ont, dès leurs premières semaines au MENFP, affiché une volonté aussi visible d’aborder simultanément les préoccupations du personnel éducatif et les enjeux structurels du système scolaire haïtien.

Par ailleurs, malgré les difficultés persistantes du pays, la fin de l’année académique 2025–2026 semble relativement plus calme comparativement à certaines périodes marquées par de fortes tensions dans le secteur éducatif. Les mouvements de protestation enseignante, souvent fréquents à l’approche des examens d’État, demeurent jusqu’ici limités.

Toutefois, cette dynamique ne fait pas l’unanimité. Certains secteurs, pour des raisons perçues comme politiques, tenteraient de fragiliser l’élan engagé par le ministre et son équipe.

À l’approche des examens officiels et alors que l’année académique touche progressivement à sa fin, plusieurs observateurs estiment que la stabilité du système éducatif doit demeurer une priorité nationale dépassant les clivages politiques.

S’il reste encore de nombreux défis à relever — infrastructures scolaires, conditions salariales, insécurité affectant certains établissements et accès équitable à l’éducation — les deux premiers mois et vingt-et-un jours de gestion de Vijonet Déméro au MENFP donnent l’image d’une administration cherchant à rétablir progressivement le dialogue, renforcer la présence institutionnelle et installer une dynamique de réforme dans le secteur éducatif haïtien.

By Willy DESULMA

Willy DÉSULMA, Normalien diplômé de l’École Normale Supérieure et économiste formé à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de l’Université d’État d’Haïti, est journaliste et responsable de l’information à Alternance Média TV. Passionné par la diffusion d’une information claire et fiable, il s’engage à informer avec rigueur et professionnalisme. Expert en analyse économique et éducation, il combine savoir et expertise pour éclairer l’actualité et contribuer au débat public.

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