Dans une tribune publiée dans Alternance Média, ce dimanche 24 mai 2026, un ancien lauréat national de l’École Normale d’Instituteurs (ENI) raconte l’attente, le silence administratif et l’absence de perspectives après sa distinction en 2019. Une prise de parole qui pose une question plus large : à quoi sert l’excellence lorsqu’elle n’est pas reconnue par l’État ?

L’école demeure, dans les discours publics, l’un des derniers espaces où l’on promet encore que l’effort peut transformer un destin. On y célèbre le mérite, on y encourage l’excellence et l’on y répète aux jeunes générations que le travail finit toujours par être récompensé.

Mais que reste-t-il de cette promesse lorsque l’institution elle-même ne donne aucune suite à ceux qu’elle distingue ?

Monsieur le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet DÉMÉRO, je vous adresse ces lignes avec respect, mais aussi avec une interrogation que partagent silencieusement de nombreux jeunes diplômés.

En 2019, j’ai été déclaré lauréat national de l’École Normale d’Instituteurs (ENI). Ce résultat n’est ni une reconnaissance privée ni une distinction symbolique : il est le produit d’un concours organisé, évalué et proclamé par l’État haïtien.

L’État connaît donc mon parcours. Il connaît mes résultats. Il connaît également les attentes qu’un tel classement fait naître.

Pourtant, près de sept ans plus tard, aucune intégration, aucun accompagnement, aucune perspective professionnelle ne m’ont été proposés.

Mon cas n’est pas seulement une situation individuelle. Il pose une question plus large sur la relation entre l’institution publique et sa jeunesse.

Que signifie être reconnu comme excellent si cette reconnaissance ne produit aucun effet concret ?

Que dit un pays à ses étudiants lorsqu’il célèbre leur réussite sans leur ouvrir de perspective ?

Et surtout : qui doit faire le premier pas ? Les jeunes doivent-ils continuer à chercher l’État, ou appartient-il à l’État de reconnaître et mobiliser ceux qu’il a lui-même distingués ?

La question n’est pas celle d’un privilège. Elle est celle de la cohérence publique.

Car un système qui récompense symboliquement le mérite mais ne lui donne aucune traduction réelle finit par affaiblir la confiance collective dans l’éducation.

L’excellence ne peut devenir une cérémonie sans lendemain.

Haïti traverse une période où chaque compétence compte, où chaque enseignant formé représente une ressource précieuse. Dans un tel contexte, laisser des profils qualifiés attendre pendant des années revient à envoyer un signal contradictoire à toute une génération.

Je ne demande pas une faveur. Je demande que le mérite redevienne une promesse tenue.

John Peter Monpremier
Ancien lauréat national de l’École Normale d’Instituteurs (ENI)
Tribune publiée dans Alternance Média

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