PYONGYANG – Lors de sa première visite officielle en Corée du Nord depuis 2019, le président chinois Xi Jinping a affiché une unité retrouvée avec Kim Jong-un. Entre démonstration de solidarité socialiste, rivalité croissante avec Washington et recomposition des alliances mondiales, Pékin et Pyongyang entendent renforcer leur partenariat stratégique face au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Fanfare militaire, défilés au pas de l’oie, drapeaux rouges et foule mobilisée : Kim Jong-un a réservé un accueil exceptionnel à Xi Jinping et à son épouse Peng Liyuan lors de leur arrivée à Pyongyang les 8 et 9 juin. La mise en scène, inspirée des grandes démonstrations de la guerre froide, visait à souligner la solidité retrouvée des relations entre les deux derniers grands États communistes d’Asie.
Sur la place Kim Il-sung, les deux dirigeants ont affiché une complicité soigneusement mise en scène. Cette visite marque un tournant diplomatique important après plusieurs années de relations parfois tendues, notamment en raison du rapprochement spectaculaire de la Corée du Nord avec la Russie de Vladimir Poutine.
Kim Jong-un a affirmé que le renforcement des relations avec la Chine sur des « bases plus solides » constituait désormais sa « priorité stratégique ». Une déclaration destinée à rassurer Pékin, principal partenaire économique et soutien diplomatique de Pyongyang.
Depuis 2024, la Corée du Nord et la Russie sont liées par un traité de défense mutuelle. Selon plusieurs estimations occidentales, plus de 11 000 soldats nord-coréens auraient été déployés pour soutenir l’effort militaire russe dans la guerre en Ukraine. Ce rapprochement avec Moscou avait alimenté certaines inquiétudes au sein des autorités chinoises, soucieuses de préserver leur influence historique sur leur voisin.
Face à ces préoccupations, Xi Jinping a choisi d’envoyer un signal fort. Saluant son « camarade secrétaire général », le président chinois a promis un « nouveau départ » dans les relations sino-coréennes et une coopération renforcée au service de la stabilité régionale et du développement commun.
Cette rencontre intervient dans un contexte international marqué par le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Pékin comme Pyongyang observent avec attention les nouvelles orientations de Washington, alors que les tensions commerciales, technologiques et militaires entre la Chine et les États-Unis continuent de s’intensifier.
Pour Kim Jong-un, le renforcement des liens avec Pékin constitue une garantie politique et économique face aux sanctions internationales et aux pressions exercées par les États-Unis et leurs alliés. Pour Xi Jinping, il s’agit également de consolider son influence dans une région devenue l’un des principaux théâtres de la rivalité stratégique sino-américaine.
Malgré les déclarations de fraternité et les promesses de coopération, un sujet majeur est resté absent des échanges publics : le programme nucléaire nord-coréen. Ni Xi Jinping ni Kim Jong-un n’ont évoqué la question de la dénucléarisation ou des essais d’armes stratégiques menés par Pyongyang ces dernières années.
Ce silence reflète la prudence des deux dirigeants sur un dossier particulièrement sensible. Alors que la communauté internationale continue d’exiger l’abandon du programme nucléaire nord-coréen, Pékin privilégie une approche fondée sur le dialogue et la stabilité régionale, tandis que Pyongyang poursuit le développement de ses capacités militaires.
Au-delà du symbole, cette visite confirme que la Chine et la Corée du Nord entendent resserrer leurs rangs dans un monde de plus en plus polarisé. Entre la guerre en Ukraine, les tensions en mer de Chine, la question de Taïwan et le retour de Donald Trump, l’axe Pékin-Pyongyang cherche à s’affirmer comme un pôle de résistance face à l’influence américaine.
Reste à savoir si cette démonstration d’unité débouchera sur un partenariat durablement renforcé ou s’il s’agit avant tout d’un message politique adressé à Washington. Une chose est certaine : à Pyongyang, Xi Jinping et Kim Jong-un ont voulu montrer que le vieux réflexe des alliances idéologiques n’a pas totalement disparu de la scène internationale.