Après le SDP et Pitit Dessalines, le GPE reçoit ce vendredi le parti EDE. Les conclusions de ces consultations seront présentées aux chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM lors du sommet de Sainte-Lucie, sur fond de divergences persistantes autour de la transition politique et des élections de 2026.
À quelques jours de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), la médiation régionale entre dans une phase décisive. Le Groupe des Éminentes Personnalités (GPE), chargé de faciliter le dialogue entre les acteurs haïtiens, multiplie les consultations avec les principales forces politiques du pays afin de dégager une issue à une transition qui peine toujours à trouver un consensus.
Ce vendredi 3 juillet, la délégation de la CARICOM doit rencontrer le parti Engagés pour le Développement (EDE), présidé par Claude Joseph, ancien Premier ministre. Cette nouvelle séance de travail s’inscrit dans une série d’échanges engagés depuis plusieurs semaines avec les différentes composantes de l’opposition.
Le 16 juin, le GPE avait reçu une délégation conduite par Me André Michel, dirigeant du Secteur Démocratique et Populaire (SDP), accompagné de ses alliés. Le 30 juin, les médiateurs régionaux avaient poursuivi leurs consultations avec Moïse Jean-Charles, ancien sénateur et leader du parti Pitit Dessalines, entouré de représentants de son regroupement politique.
Trois figures au centre de la médiation
Selon les informations recueillies par Alternance Média, le Groupe des Éminentes Personnalités concentre désormais ses consultations autour de trois dirigeants considérés comme les principaux porte-voix de leurs familles politiques respectives :
- Claude Joseph, ancien Premier ministre et président du parti EDE ;
- Moïse Jean-Charles, ancien sénateur et leader de Pitit Dessalines ;
- Me André Michel, dirigeant du Secteur Démocratique et Populaire (SDP).
Sans qu’il s’agisse d’une désignation officielle, cette méthode de travail traduit la volonté des médiateurs de structurer le dialogue autour d’interlocuteurs disposant d’une réelle capacité d’influence sur les principaux regroupements politiques du pays, avant une nouvelle visite annoncée à Port-au-Prince dans les prochains jours.
Un rapport attendu par les chefs d’État de la CARICOM
Toujours selon nos informations, les conclusions de cette série de consultations seront soumises aux chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM à l’occasion de leur conférence annuelle, prévue du 5 au 8 juillet 2026 à Sainte-Lucie.
Ce rapport devrait servir de base aux discussions des dirigeants caribéens sur les différentes options susceptibles de permettre une sortie de crise et de relancer le processus de transition en Haïti.
Un consensus sur le diagnostic, des divergences sur la méthode
Les formations politiques rencontrées par le GPE partagent un constat : l’actuelle architecture de la transition ne répond plus aux attentes d’une grande partie de la classe politique.
Toutes défendent le principe d’un gouvernement bicéphale. Mais derrière cette revendication commune, les stratégies divergent.
Certaines organisations réclament le départ du Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé, estimant qu’une nouvelle transition doit s’ouvrir sur de nouvelles bases.
D’autres privilégient une solution institutionnelle consistant à désigner un président de la République de transition, appelé à travailler avec le Premier ministre afin de conduire le pays vers des élections générales.
Ces divergences témoignent des difficultés persistantes à faire émerger une position unifiée de l’opposition, malgré une volonté largement partagée de réorganiser la gouvernance de la transition.
Washington maintient la pression sur le calendrier électoral
Parallèlement aux initiatives de la CARICOM, les États-Unis continuent de défendre la tenue d’élections en 2026.
L’ambassadeur américain en Haïti, Henry Wooster, l’a rappelé jeudi 2 juillet, lors d’une réception organisée à l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince dans le cadre des célébrations du 250ᵉ anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine, qui sera commémoré le 4 juillet.
À travers cette intervention, Washington a de nouveau réaffirmé son attachement à un retour à l’ordre constitutionnel par les urnes, malgré les incertitudes qui entourent encore le processus politique haïtien.
Une transition toujours sous tension
Les récentes nominations opérées par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pouvaient laisser penser à une période de relative accalmie politique.
Pourtant, les consultations conduites par le Groupe des Éminentes Personnalités montrent que les principaux acteurs de l’opposition restent pleinement mobilisés et continuent de défendre leurs propositions auprès des partenaires régionaux et internationaux.
À l’approche du sommet de Sainte-Lucie, les discussions s’intensifient et les positions se précisent. Entre les attentes de la CARICOM, les exigences de Washington et les revendications parfois divergentes des forces politiques haïtiennes, les prochains jours pourraient constituer un tournant pour l’avenir de la transition.
Le rapport que présentera le GPE aux chefs d’État de la CARICOM sera particulièrement scruté. Il pourrait orienter les prochaines initiatives diplomatiques régionales et contribuer à définir les contours d’une nouvelle séquence politique pour Haïti.