Port-au-Prince, le 15 juillet 2026 – Une vaste coalition de partis, groupements et regroupements politiques appelle le Conseil électoral provisoire (CEP) à suspendre les périodes d’inscription des organisations politiques et à réunir plusieurs garanties juridiques, sécuritaires et institutionnelles avant la poursuite du processus électoral. Dans une note de position datée du 13 juillet 2026, les signataires estiment que les conditions actuelles ne permettent pas d’organiser des élections crédibles, inclusives et acceptées par l’ensemble des acteurs politiques. 

Des délais jugés incompatibles avec la réalité politique

Les organisations politiques disent avoir pris acte de la décision du CEP fixant l’inscription des groupements politiques du 13 au 17 juillet et celle des regroupements politiques du 22 au 27 juillet. Elles estiment toutefois que ces échéances sont trop courtes pour permettre les consultations, négociations et arbitrages nécessaires à la constitution des plateformes et alliances politiques.

Selon elles, la formation de groupements politiques constitue un processus essentiellement politique qui ne peut être réduit à une simple formalité administrative. Elles mettent en garde contre le risque d’exclure plusieurs acteurs du processus en raison de délais jugés irréalistes. 

Des interrogations sur le cadre juridique

Dans leur note, les signataires relèvent également plusieurs préoccupations d’ordre juridique. Ils observent notamment que la correspondance publiée par le CEP ne comporte ni numéro de référence ni les mentions administratives habituellement exigées pour un document officiel.

Ils dénoncent également la coexistence de plusieurs versions du décret électoral, entre le texte initialement présenté et les modifications intervenues au niveau de la Primature. À leurs yeux, cette situation crée une incertitude juridique susceptible de nourrir des contestations politiques et judiciaires. Ils demandent donc la publication d’une version définitive, harmonisée et officielle du décret avant toute nouvelle étape du processus. 

La sécurité, préalable indispensable

Les organisations politiques rappellent que le rétablissement de la sécurité publique a toujours été présenté comme une condition préalable à l’organisation d’élections libres, honnêtes et démocratiques.

Elles estiment que la persistance de l’insécurité dans plusieurs régions du pays compromet la liberté de circulation, les activités des partis politiques ainsi que la crédibilité du futur scrutin. Si elles reconnaissent que le CEP n’est pas responsable de la sécurité nationale, elles considèrent néanmoins que l’institution électorale doit s’assurer, avec les autorités compétentes, que les conditions minimales sont réunies avant d’engager irréversiblement le processus électoral. 

Quatre recommandations au Conseil électoral provisoire

La coalition demande officiellement au CEP :

  • de reporter les périodes d’inscription des groupements et regroupements politiques ;
  • de publier la version intégrale, harmonisée et définitive du décret électoral ;
  • d’établir un calendrier électoral réaliste tenant compte des réalités politiques, institutionnelles et sécuritaires ;
  • d’engager un dialogue formel avec les forces politiques afin de dégager un consensus minimal sur les modalités d’organisation des prochaines élections. 

Une coalition regroupant plusieurs anciens hauts responsables de l’État

Cette démarche est portée par vingt-deux partis, groupements et regroupements politiques, parmi lesquels figurent plusieurs personnalités ayant occupé les plus hautes fonctions de l’État. On retrouve notamment Claude Joseph, ancien Premier ministre et dirigeant du parti EDE, Jean Michel Lapin, ancien Premier ministre et responsable de Nouvelle Orientation, Evans Paul, ancien premier ministre et fondateur du KID, André Michel, proche de l’ancien premier ministre Ariel Henry et à la tête d’un large bloc politique, ainsi que Levaillant Louis-Jeune, ancien président de la Chambre des députés, aujourd’hui représentant du parti INITE.

La note est également signée par Edouard Wadner (RDNP), Marcel Lumérant (KID), Kenold Mathieu (VEYE YO), Francenet Denius (Debout Citoyen), Marie Denise Claude (Groupe d’opposition des anciens signataires du Pacte), Walson Sanon (ANFÒS AYITI), Pierre Ricard (KORE-N), Bien-Aimé A. Rodon (ENA), Phélito Doran (ANN CHANJE LAVI), Esaie Beauchard (ROSPO), Wuilson Joseph (COREPAD/PEA), Andy Marcellus (PEN/G8PA), Azolin Dory (VWA LWÈS), Gina Placide (Debout Patriotes), Stanley Mésalier (Parti Politique Indigène), Isac Helien (C.E.C.I.L.E), Patrick Sully W. Joseph (COPPOS-Haïti et Alliés) et Jean Dieudonné Lubin (INIFOS). 

Un appel à privilégier le dialogue

En conclusion, les signataires réaffirment leur attachement à l’État de droit, aux principes démocratiques et au renouvellement des institutions républicaines. Ils soutiennent toutefois qu’aucun processus électoral ne pourra être crédible s’il se déroule dans un contexte marqué par l’insécurité, l’incertitude juridique et la précipitation administrative.

À travers cette prise de position, cette coalition politique invite le Conseil électoral provisoire à privilégier le dialogue, la transparence et une approche concertée afin de renforcer la confiance des acteurs politiques et de la population dans les prochaines élections. 

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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