Après l’attaque meurtrière qui a frappé Kenscoff, faisant plus de 50 morts, dont des bébés, et de nombreux blessés graves, Me André Michel estime que la multiplication des foyers d’insécurité traduit une dégradation préoccupante de la situation nationale. Le responsable politique réclame un « gouvernement de combat » et appelle le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à remanier profondément son équipe.

PORT-AU-PRINCE — Le massacre de Kenscoff remet brutalement la question sécuritaire au centre du débat politique. Plus de 50 personnes ont été tuées lors de l’attaque menée dans la nuit du 23 août, parmi lesquelles des enfants et des bébés. Des dizaines d’autres ont été grièvement blessées. Des maisons ont été incendiées et même des animaux ont été abattus au cours de cette nuit de violence.

Face à l’ampleur du drame, Me André Michel hausse le ton. Dans deux publications sur X, l’avocat et responsable politique établit un lien entre l’attaque de Kenscoff et les signaux d’alerte enregistrés dans plusieurs autres régions du pays.

« La dernière attaque des gangs criminels à Kenskòf, la présence des gangs à Limonade dans le Nord du pays, leurs menaces contre Léogâne et Tabarre traduisent la dégradation de la situation sécuritaire du pays malgré les efforts du haut état-major de la PNH », écrit-il.

« Un gouvernement de combat »

Pour André Michel, la réponse ne peut désormais plus être exclusivement policière. S’il souligne les efforts du commandement de la Police nationale d’Haïti, il estime que l’exécutif doit être profondément réorganisé pour faire face à l’extension de la menace.

« Il faut un gouvernement de combat avec des hommes et des femmes solides pour mater cette situation. Fils-Aimé doit faire le grand ménage avant qu’il ne soit trop tard », affirme-t-il.

Une déclaration qui place directement le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé devant ses responsabilités et relance, quelques jours après le massacre, le débat sur l’efficacité de l’équipe gouvernementale et sa capacité à accompagner l’action des forces de sécurité.

André Michel va plus loin en donnant une lecture ouvertement politique de l’offensive des groupes armés. « Il y a un projet politique criminel derrière la violence des gangs ! Nous avons déjà vu cette série en mars 2024 », soutient-il.

Cette accusation relève, à ce stade, de son analyse politique et n’est accompagnée dans ses publications d’aucun élément permettant d’identifier les responsables présumés d’un tel projet. Mais la référence à mars 2024 est lourde de sens : cette période avait été marquée par une offensive coordonnée de groupes armés contre des infrastructures stratégiques de Port-au-Prince, sur fond d’effondrement de l’autorité publique et de crise politique.

La pression monte sur l’exécutif

Le massacre de Kenscoff change ainsi la dimension de la crise. Au-delà du bilan humain particulièrement lourd, les inquiétudes portent désormais sur une possible extension géographique de l’insécurité.

Les tensions signalées à Tabarre, les menaces visant Léogâne et les violences observées dans le Nord alimentent la crainte de voir les groupes armés ouvrir ou consolider de nouveaux fronts, alors que l’Ouest, l’Artibonite et le Centre sont déjà profondément affectés par la violence.

Pour le gouvernement Fils-Aimé, l’équation devient de plus en plus politique : soutenir la PNH sur le terrain, empêcher l’élargissement des zones sous influence des groupes armés et convaincre une population traumatisée que l’État conserve encore la capacité de reprendre l’initiative.

En réclamant « le grand ménage », André Michel ne demande donc plus seulement une riposte sécuritaire. Il réclame un changement d’équipe et de méthode au sommet de l’État. Après Kenscoff, cette pression sur l’exécutif pourrait devenir l’un des principaux fronts politiques des prochaines semaines.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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