PORTRAIT — À 38 ans, cet intellectuel engagé veut donner un nouveau souffle à la gauche haïtienne. Formation universitaire, expérience des institutions, engagement communautaire et talent d’orateur : James Romain possède des atouts pour prendre le flambeau d’un camp qui cherche à retrouver sa force politique, analyse, dons son éditorial, Tanes DESULMA, directeur de la rédaction d’ » Alternance Média « .

Le sourire facile, le front haut, la parole assurée. James Romain porte une ambition à la mesure d’une époque tourmentée : contribuer à remettre le camp progressiste et populaire en mouvement. Dans une Haïti ravagée par la violence, cet intellectuel de 38 ans estime que l’engagement ne peut plus se limiter à commenter le désastre.

« La situation est tellement grave qu’il n’y a plus de rôles, d’un côté des professionnels de la politique, de l’autre des intellectuels qui animent la société civile. On ne peut plus raisonner comme ça », confie-t-il à Alternance Média.

Massacres, enlèvements, assassinats, familles chassées de leur quartier : cette réalité commande, à ses yeux, de prendre davantage de responsabilités. Il veut participer à la construction d’une force capable de défendre les classes populaires et de porter une autre perspective pour le pays.

Sa volonté de rupture vise ce qu’il appelle le « logiciel PHTK », auquel il impute l’impasse actuelle. Mais son ambition exige aussi un travail au sein de sa propre famille politique : réunir une gauche dispersée, renouer avec ses bases sociales et faire émerger une nouvelle génération de dirigeants.

Né en 1988 à Port-au-Prince, James Romain a construit un parcours entre les études, l’action communautaire et les institutions. Titulaire d’une licence en psychologie à la Faculté d’ethnologie de l’Université d’État d’Haïti, passé par des études de philosophie à l’École normale supérieure, il poursuit une maîtrise en science politique; mention études stratégiques, à l’Université du Québec à Montréal.

Ce bagage nourrit une manière d’aborder la politique attentive aux idées, aux comportements et aux rapports de force. Il s’accompagne d’expériences concrètes auprès des communautés. À Baradères, à Cavaillon et aux Cayes, Romain a participé à des projets et rencontré des paysans. Ses activités avec la PADF et Oxfam, puis dans l’accompagnement psychosocial au sein de l’Organisation internationale pour les migrations, l’ont également conduit à travailler sur les droits humains et auprès de populations vulnérables.

Ce contact avec le terrain donne une consistance à son engagement populaire. Derrière les mots de justice sociale, il y a des familles, des territoires et des besoins auxquels une force politique doit pouvoir répondre.

Son intérêt pour la responsabilité publique apparaît tôt. En décembre 2006, encore élève du secondaire, il obtient le deuxième prix d’un concours de textes organisé par l’ambassade américaine sur la lutte contre l’impunité des violations des droits humains. Selon le récit de son parcours, il avait choisi de concourir dans la catégorie universitaire. Une audace précoce, sur un sujet qui demeure au cœur de la crise haïtienne : comment contraindre les gouvernants à rendre des comptes ?

Romain découvre ensuite les rouages de l’État. Chef de cabinet à la Délégation départementale de l’Ouest, consultant politique au Sénat, puis responsable du service culturel et de la communication au Consulat général d’Haïti à Montréal, il acquiert une expérience de l’administration et de la représentation institutionnelle. Autant de fonctions qui lui permettent de mesurer les exigences pratiques de l’action publique.

À la tribune, il révèle une autre dimension de sa personnalité. Pendant la campagne présidentielle de 2016, son intervention lors d’un meeting de Maryse Narcisse dans le Sud, en présence de Jean-Bertrand Aristide, marque les esprits, selon les témoignages rapportés à Alternance Média. Le jeune militant montre sa capacité à entraîner une foule, à donner du rythme à une conviction et à faire entendre une voix.

Cette aisance compte pour qui aspire à incarner un courant politique. Elle permet de transmettre des idées, de mobiliser et de créer une proximité avec un auditoire. Chez Romain, elle s’accompagne d’une chaleur que souligne l’économiste et normalien Willy Desulma, directeur adjoint de la rédaction d’Alternance Média. Il décrit un homme d’un « naturel joyeux, sympathique ».

Ses échanges avec des figures comme Suzy Castor, Nenel Cassy, Auguste D’Meza ou Lyonel Trouillot témoignent aussi de sa volonté de dialoguer avec plusieurs sensibilités de la gauche. Son engagement actuel comme coordonnateur de l’Initiative du 14 août pour sauver le secteur progressiste et populaire, l’ISSEP 14, s’inscrit dans cette démarche de rapprochement.

Sa capacité à prendre le flambeau repose toutefois sur un parcours et des qualités qui lui sont propres. La formation intellectuelle, l’expérience communautaire, la connaissance des institutions et le talent d’orateur composent un profil capable de faire le lien entre plusieurs univers. Romain peut parler aux militants, échanger avec les intellectuels et comprendre les contraintes de l’État. Cette faculté constitue un atout pour un camp qui doit retrouver une cohérence collective.

Le défi reste considérable. Les divisions ont leurs histoires, leurs fidélités et leurs intérêts. Rassembler demandera de la patience, une ligne politique lisible et une capacité à partager les responsabilités. Il faudra transformer les rencontres en engagements durables, puis donner à ces engagements une traduction dans la vie de la population.

Les figures historiques auront, elles aussi, un rôle à jouer. Le renouvellement suppose de reconnaître les héritages tout en ouvrant un espace à ceux qui veulent poursuivre le combat avec d’autres méthodes et une énergie nouvelle.

James Romain dispose d’arguments pour occuper cet espace. Son parcours lui donne une assise ; sa parole, une capacité de mobilisation ; son engagement, une direction. Il lui appartient désormais de faire de ces qualités une force collective.

Dans un camp progressiste et populaire en quête de souffle, il représente une possibilité de relève. Le flambeau se gagnera par la confiance, le rassemblement et l’action.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *