À Agadir, lors de la 6ᵉ Conférence ministérielle de la Francophonie scientifique, le 15 octobre 2026, le ministre haïtien de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet Déméro, a appelé à traduire la solidarité francophone en projets concrets. Une intervention articulée autour de trois priorités : les perspectives offertes aux jeunes, l’innovation numérique et la coopération climatique.

Une langue commune peut-elle devenir un levier de développement partagé ? C’est l’ambition défendue par Vijonet Déméro à Agadir, au Maroc. Devant les participants à la 6ᵉ Conférence ministérielle de la Francophonie scientifique, le ministre haïtien a présenté l’espace francophone comme une communauté dont le potentiel dépasse les échanges linguistiques et culturels. Il y voit également un moteur économique et un espace d’action politique stratégique.

Face aux crises géopolitiques, environnementales et socio-économiques, le responsable du MENFP a appelé à donner un contenu concret à cette coopération. Son intervention pose ainsi la question de l’utilité de la Francophonie pour les populations : quelles possibilités nouvelles peut-elle ouvrir en matière de formation, d’accès au savoir et de développement ?

La jeunesse occupe une place centrale dans cette réflexion. Selon le chiffre avancé par le ministre dans son allocution, plus de 60 % de la population francophone a moins de 30 ans. Pour répondre aux attentes de cette génération, Vijonet Déméro propose de renforcer la formation professionnelle, de soutenir l’entrepreneuriat et de faciliter les échanges universitaires et économiques.

Ces orientations engagent une question de fond : celle des moyens permettant aux jeunes d’accéder effectivement aux possibilités annoncées. La mobilité universitaire et professionnelle suppose des formations solides, des dispositifs d’accompagnement et des ressources financières. Sa portée dépend aussi de la capacité des pays à créer les conditions dans lesquelles les compétences acquises pourront contribuer à leur développement.

Pour Haïti, l’enjeu consiste donc autant à ouvrir des perspectives de coopération qu’à renforcer les capacités de ses propres institutions éducatives. Les échanges prennent tout leur sens lorsqu’ils permettent de consolider durablement la formation, la recherche et la transmission des connaissances.

Le numérique constitue le deuxième axe du plaidoyer du ministre. Vijonet Déméro souhaite que la langue française occupe une place plus importante dans les technologies. Il préconise des investissements communs dans les contenus francophones sur Internet, le développement de l’intelligence artificielle en français et la réduction de la fracture numérique entre les territoires.

Derrière cette ambition linguistique se dessine un enjeu d’accès et de production du savoir. Disposer de contenus en français, former les utilisateurs et permettre aux établissements de développer leurs propres usages sont des conditions complémentaires. L’innovation ne peut produire les effets attendus si les infrastructures, les équipements et les compétences nécessaires demeurent hors de portée d’une partie des populations.

Le troisième volet de l’intervention concerne le climat. Le ministre haïtien appelle les pays francophones à faire entendre une voix forte et unie dans les négociations internationales. Il défend une transition juste ainsi que le financement de la transition écologique.

Cette proposition confère à la Francophonie une responsabilité diplomatique : transformer des préoccupations partagées en positions capables de peser dans les discussions internationales. Elle pose également la question de la solidarité entre des pays dont les ressources et les capacités de réponse aux dérèglements climatiques sont inégales.

L’allocution fixe toutefois des orientations sans préciser de calendrier, de dispositif financier ou de mécanisme de suivi. La traduction de ces priorités en programmes opérationnels reste donc à définir. C’est à cette étape que pourra se mesurer la portée de l’appel lancé à Agadir.

En conclusion, Vijonet Déméro a réaffirmé l’engagement du gouvernement haïtien dirigé par Alix Didier Fils-Aimé à travailler avec ses partenaires francophones. Son message place les effets de la coopération sur la vie des citoyens au centre de l’ambition affichée. Formation des jeunes, accès aux technologies et financement de la transition écologique constituent désormais les terrains sur lesquels cette volonté d’action devra prendre forme.

Alternance Média — Service éducation

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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