Il y a des événements qui valent tous les discours. L’enlèvement de James Boyard, inspecteur général de la Police nationale d’Haïti (PNH) et directeur de cabinet du ministre de la Défense Mario Andrésol, appartient à cette catégorie.

Jeudi 11 juin, dans le quartier de Bourdon, l’un des plus hauts responsables de l’appareil sécuritaire haïtien a été kidnappé avec son épouse et son enfant par des hommes armés portant, selon plusieurs sources, des uniformes de police. Une opération audacieuse, menée en plein cœur de la capitale, qui ressemble à une démonstration de force adressée autant à l’État qu’à la population.

Le symbole est cruel.

James Boyard n’est pas seulement un haut gradé de la PNH. Universitaire reconnu, spécialiste des questions de sécurité et de défense, diplômé de l’Université Jean Moulin Lyon III, il appartient à cette catégorie d’experts qui, depuis des années, réfléchissent aux moyens de restaurer l’autorité de l’État face à la progression des groupes armés. Il est aussi l’un des plus proches collaborateurs de Mario Andrésol au ministère de la Défense.

Son enlèvement révèle une vérité que les conférences de presse et les déclarations officielles peinent désormais à masquer : en Haïti, les gangs ne se contentent plus de défier l’État. Ils l’humilient.

Car enfin, que faut-il comprendre lorsqu’un inspecteur général de police, membre du cabinet du ministre de la Défense, peut être intercepté, enlevé et transporté à travers plusieurs quartiers sous contrôle criminel sans que la puissance publique ne soit en mesure d’empêcher l’opération ?

Depuis des mois, les autorités promettent une reprise en main sécuritaire. Les annonces se succèdent. Les opérations policières se multiplient. Les responsables gouvernementaux multiplient les interventions publiques pour affirmer leur détermination. Pourtant, sur le terrain, les groupes armés continuent d’imposer leur calendrier, leurs règles et leur loi.

L’affaire Boyard agit comme un révélateur. Elle met en lumière le fossé grandissant entre la communication politique et la réalité sécuritaire.

Mario Andrésol n’est évidemment pas responsable de cet enlèvement. Mais en tant que ministre de la Défense, il ne peut échapper aux interrogations que soulève cet événement. Lorsque le directeur de son propre cabinet devient victime de l’insécurité généralisée, c’est toute la crédibilité de l’action gouvernementale qui se retrouve questionnée.

Plus inquiétant encore, cet enlèvement confirme l’extension géographique du phénomène criminel. Bourdon, longtemps considéré comme un espace relativement préservé, rejoint désormais la liste des secteurs où le kidnapping est devenu une industrie et où la présence de l’État apparaît de plus en plus théorique.

À travers James Boyard, c’est un message qui est envoyé. Un message de puissance de la part des groupes armés. Une démonstration que personne, pas même les responsables chargés de la sécurité nationale, n’est véritablement hors de leur portée.

Dans n’importe quel État fonctionnel, l’enlèvement d’un inspecteur général de police provoquerait un séisme politique. En Haïti, il risque de n’être qu’un épisode supplémentaire dans une chronique de l’effondrement que les citoyens observent avec résignation et colère.

La question n’est plus seulement de savoir comment lutter contre les gangs. Elle est de déterminer jusqu’où l’État peut encore reculer avant de perdre définitivement le contrôle.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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