Au moment de la signature de l’accord politique avec le Premier ministre, l’espoir semblait permis. Le pays, meurtri par des années d’instabilité, entrevoyait enfin une sortie de crise : rétablissement progressif de la sécurité, relance institutionnelle et organisation d’élections crédibles. Ce pacte donnait l’impression d’un nouveau départ, d’un engagement collectif vers la paix.
Pourtant, quelques mois plus tard, la réalité s’impose avec brutalité : l’insécurité s’étend, les institutions s’enlisent et le processus électoral reste au point mort, loin des promesses initiales.
C’est dans ce contexte tendu que Claude Joseph et André Michel ont, chacun de leur côté, pris la parole ce mercredi 15 avril, à travers deux publications distinctes sur les réseaux sociaux. Deux prises de position séparées, mais qui convergent vers un même constat préoccupant sur la direction prise par le pouvoir en place.
Pour Claude Joseph, le diagnostic est sans appel : le processus électoral est à l’arrêt, paralysé par des blocages politiques internes. Il dénonce une gouvernance qui freine les initiatives du Conseil électoral et empêche toute avancée concrète, pendant que l’insécurité s’intensifie et que l’État, selon lui, se transforme en instrument au service d’intérêts partisans.
De son côté, André Michel adopte un ton tout aussi alarmant, mais davantage ancré dans les réalités opérationnelles : absence de budget électoral, manque de cadre légal, inexistence d’un calendrier précis, et surtout, expansion des groupes armés jusque dans des zones autrefois épargnées. Autant d’éléments qui, à ses yeux, rendent la tenue d’élections dans les délais annoncés hautement improbable.
Ces deux voix, bien que provenant d’horizons politiques engagés dans le processus de transition, traduisent un malaise plus large. Elles ne sont d’ailleurs pas isolées. Dans plusieurs secteurs de la vie nationale — société civile, milieux économiques, universitaires — comme au sein de la communauté internationale, les doutes s’installent progressivement quant à la capacité de l’État haïtien à rétablir la sécurité et à organiser des élections crédibles d’ici la fin de l’année.
Dès lors, le pessimisme ambiant ne relève ni du défaitisme ni d’une posture politique opportuniste. Il s’impose comme le reflet d’une réalité préoccupante : sans inflexion majeure dans la gouvernance, sans stratégie claire face à l’insécurité et sans volonté politique réelle de relancer le processus électoral, les espoirs de stabilité risquent de rester lettre morte.
Entre engagements signés et réalités constatées, Claude Joseph et André Michel tirent la sonnette d’alarme. Une alerte qui, loin d’être isolée, résonne désormais comme un écho partagé dans une nation en quête urgente de cap et de crédibilité.