Dans un communiqué publié ce mercredi 2 septembre, l’Opposition progressiste durcit le ton contre le processus électoral engagé en Haïti. Elle estime que les conditions ne sont pas réunies pour aller aux urnes, conteste plusieurs dispositions du décret électoral et propose une refonte de la gouvernance avant toute élection. 

PORT-AU-PRINCE — À quelques mois des échéances électorales annoncées, une partie de l’opposition veut remettre les compteurs à zéro. Dans un communiqué particulièrement offensif, l’Opposition progressiste dénonce une « fuite en avant électorale » et considère que l’urgence du pays se trouve ailleurs : dans le rétablissement de la sécurité, de la justice, de la stabilité et de la confiance.

Le regroupement politique estime que les conditions « sécuritaires, politiques, institutionnelles et matérielles » ne permettent pas, à ce stade, l’organisation d’élections crédibles. Il accuse par ailleurs des acteurs proches du pouvoir d’utiliser la perspective électorale comme un « écran de fumée » dans un pays confronté à l’insécurité, aux massacres, aux déplacements forcés et à une crise humanitaire. 

« Les élections ne peuvent servir de paravent »

L’Opposition progressiste va plus loin en mettant directement en cause la gestion politique de l’insécurité. Selon elle, il est impossible de construire un scrutin crédible lorsque des citoyens ne peuvent plus librement circuler, travailler ou exercer leurs droits civiques dans certaines parties du territoire.

« Les élections ne peuvent servir de paravent à l’échec du pouvoir », tranche le communiqué. 

Autre sujet explosif : les données personnelles et les NINU. Le regroupement dit être « vivement préoccupé » par des informations faisant état de l’utilisation présumée, sans consentement, de données de citoyens dans le cadre des opérations d’inscription électorale.

Pour l’Opposition progressiste, le principe ne souffre aucune ambiguïté : le NINU appartient au citoyen et ne saurait être utilisé par un parti, un groupement politique ou une institution électorale à des fins partisanes. Elle exige donc une transparence totale sur l’utilisation des données ainsi que sur les mécanismes destinés à empêcher d’éventuelles inscriptions frauduleuses. 

Le décret électoral également dans le viseur

Le communiqué ouvre également une bataille juridique. L’Opposition progressiste conteste notamment les prérogatives accordées au CEP par l’article 75 du décret électoral concernant la convocation du peuple en ses comices. Elle invoque la primauté de la Constitution et rappelle l’article 136 relatif aux responsabilités du président de la République.

À ses yeux, modifier quelques dispositions du décret ou procéder à un simple changement de membres du CEP ne suffirait donc pas à résoudre la crise : c’est la gouvernance politique elle-même qui devrait être revue. 

Le regroupement interprète également la faible mobilisation qu’il dit observer après environ un mois d’inscription des électeurs comme le signe d’une profonde crise de confiance. Il met en garde contre toute tentative de faire des élections un instrument de légitimation du pouvoir actuel. 

Un Exécutif bicéphale avant les élections

Mais l’Opposition progressiste ne se contente pas de rejeter le processus actuel. Elle met sur la table son propre scénario de sortie de crise : la mise en place d’un Exécutif bicéphale, accompagné d’une feuille de route consensuelle et limitée dans le temps.

Sa proposition prévoit également un mécanisme national de rétablissement progressif de la sécurité, la restauration de la confiance institutionnelle, la révision des dispositions électorales qu’elle juge contraires à la Constitution, la protection des données personnelles et l’ouverture d’un dialogue politique inclusif.

Ce n’est qu’au terme de cette séquence que devraient, selon elle, être organisées des élections « libres, sécurisées, transparentes, crédibles et acceptées par la population ». 

Le communiqué porte notamment les noms de Me Annibal Coffy, de l’ancien sénateur Dieuseul Simon Desras, de l’ancien député Jonas Coffy, de Saint-Armand Delissaint, de Me Jeantel Joseph, du professeur Delson Cius, de Me Francisco Alcide, de Marc-Arthur Mesidor et de Jonas Jean Félix, représentant plusieurs composantes politiques, parmi lesquelles Consensus Politique, Opposition Plurielle, Accord Montana, Konviksyon pou Chanjman et MOPELID. 

À mesure que le calendrier électoral avance, la bataille ne porte donc plus seulement sur les modalités du scrutin. Elle touche désormais à une question beaucoup plus fondamentale : qui doit conduire la transition jusqu’aux élections, et avec quelle légitimité ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *