Par Tanes DESULMA

Port-au-Prince — La tension entre le pouvoir de transition et ses détracteurs continue de monter d’un cran. Dans une note de dénonciation rendue publique, l’Observatoire Haïtien des Droits Humains (OHDH) accuse le gouvernement de facto de mener des actes « d’intimidation et de menaces » contre Iswick Théophin, citoyen engagé connu pour ses critiques répétées de la gouvernance actuelle.

Au-delà de la dénonciation elle-même, le document révèle une inquiétude plus profonde : celle d’une instrumentalisation des institutions judiciaires à des fins politiques.

Le parquet dans la ligne de mire

Dans sa déclaration, l’OHDH affirme que le Parquet de Port-au-Prince, dirigé par le commissaire du gouvernement Fritz Paterson Dorval, serait utilisé comme « bras armé » du pouvoir exécutif de transition.

Une accusation grave dans un pays où l’indépendance de la justice reste l’un des piliers les plus fragiles de l’État de droit.

L’organisation estime que les démarches engagées contre Iswick Théophin s’inscrivent dans une logique de persécution politique visant à réduire au silence les voix critiques dénonçant « le gaspillage, le vol et le pillage systématique des ressources de l’État ».

Dans un contexte où les institutions peinent déjà à conserver la confiance de la population, une telle mise en cause du parquet risque d’alimenter davantage les interrogations sur la séparation des pouvoirs.

Une liberté d’expression sous pression

Le cas d’Iswick Théophin dépasse désormais la seule personne concernée. Pour plusieurs observateurs, la question est celle du droit de tout citoyen à critiquer publiquement les dirigeants sans craindre de représailles.

Depuis plusieurs mois, des organisations de défense des droits humains alertent sur le climat de tension politique qui accompagne la crise sécuritaire et institutionnelle. Dans ce contexte, les dénonciations de corruption ou de mauvaise gouvernance deviennent souvent des sujets sensibles.

L’OHDH considère que les mesures prises contre Théophin constituent une atteinte aux libertés fondamentales garanties par les conventions internationales relatives aux droits humains auxquelles Haïti est partie.

Appel à la communauté nationale et internationale

Face à ce qu’elle qualifie de dérive préoccupante, l’organisation appelle les institutions nationales et internationales de protection des droits humains à intervenir dans le cadre de leurs prérogatives légales.

L’objectif, selon l’OHDH, est double : assurer la protection d’Iswick Théophin et rappeler aux autorités de transition leur obligation de respecter les droits fondamentaux des citoyens, y compris ceux qui contestent leur action.

Une démocratie à l’épreuve

Cette nouvelle controverse intervient alors qu’Haïti traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire récente. Entre l’expansion des groupes armés, l’effondrement des services publics et l’absence d’échéances électorales claires, la question des libertés publiques apparaît plus que jamais centrale.

Car dans une démocratie, même fragilisée, la critique du pouvoir ne devrait jamais être assimilée à une menace. Elle constitue au contraire l’un des derniers remparts contre l’arbitraire.

Reste désormais à savoir si les autorités concernées répondront aux accusations formulées par l’Observatoire Haïtien des Droits Humains ou si cette affaire viendra s’ajouter à la longue liste des controverses qui alimentent la défiance entre les citoyens et leurs institutions.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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