Port-au-Prince, 31 mai 2026 – L’avocat et militant des droits humains Me Newton Louis St Juste a officiellement demandé à plusieurs institutions internationales de reconsidérer les distinctions journalistiques accordées en 2022 au New York Times, à la journaliste Maria Abi-Habib ainsi qu’au média colombien Noticias Caracol pour leur couverture de l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse.
Dans quatre correspondances datées du 29 mai 2026, adressées respectivement aux administrateurs des Prix Pulitzer, des George Polk Awards, à l’Agence Espagnole de Coopération Internationale pour le Développement (AECID) et à l’Agence EFE, Me St Juste soutient que certaines distinctions auraient été attribuées sur la base de reportages reposant sur des « sources incorrectes ou erronées » et sur des récits désormais incompatibles avec les conclusions judiciaires rendues aux États-Unis.
Contestation du Prix du Roi d’Espagne attribué à Noticias Caracol
Dans ses lettres adressées à Antón Leis García, directeur de l’AECID, et à Miguel Ángel Oliver, président de l’Agence EFE, Me St Juste demande la révision du Prix du Roi d’Espagne 2022 décerné à Noticias Caracol dans la catégorie journalisme narratif.
L’avocat fait référence à une enquête publiée le 14 juillet 2021 par la cellule d’investigation du média colombien, selon laquelle l’assassinat du président Jovenel Moïse aurait conduit les enquêteurs vers l’ancien Premier ministre haïtien Claude Joseph, sur la base de sources présentées comme provenant d’Haïti et du FBI.
Selon Me St Juste, les procédures judiciaires engagées aux États-Unis et en Haïti n’ont, jusqu’à présent, établi aucun lien entre Claude Joseph et l’assassinat de l’ancien chef de l’État. Il estime que les conclusions du procès tenu en Floride et le verdict rendu le 7 mai 2026 contredisent les affirmations relayées par Noticias Caracol.
L’homme de loi reproche également au média colombien de n’avoir procédé à aucune rectification malgré les développements intervenus dans l’enquête depuis 2021.
Maria Abi-Habib et le New York Times également visés
Me St Juste sollicite également des George Polk Awards la révision de la distinction de « journaliste de l’année » accordée en 2022 à la journaliste du New York Times Maria Abi-Habib pour sa couverture de l’assassinat du président haïtien.
Dans sa correspondance adressée à Ralph Engelman, administrateur des George Polk Awards, il critique notamment deux articles publiés les 21 août et 12 décembre 2021. Il vise particulièrement le reportage intitulé “Haiti’s Leader Kept a List of Drug Traffickers. His Assassins Came for It”, dans lequel le New York Times affirmait que Jovenel Moïse travaillait sur une liste de personnalités impliquées dans le trafic de drogue et que cette liste aurait constitué l’un des mobiles de son assassinat.
Pour Me St Juste, les éléments ayant conduit aux condamnations prononcées en Floride ne permettent pas d’établir un lien entre le meurtre de l’ancien président et l’existence d’une telle liste.
Une demande adressée au Prix Pulitzer
Dans une quatrième lettre adressée à Marjorie Miller, administratrice du Prix Pulitzer, l’avocat haïtien demande également la reconsidération des distinctions accordées à l’équipe du New York Times composée notamment de Frances Robles, Anatoly Kurmanaev et Maria Abi-Habib pour leur couverture de l’assassinat de Jovenel Moïse.
Me St Juste soutient que plusieurs articles publiés entre août 2021 et janvier 2022 présentent des hypothèses contradictoires concernant les motivations et les responsables du crime. Il affirme que le journal aurait successivement privilégié différentes pistes sans reconnaître publiquement les incohérences relevées entre ces récits.
Selon lui, les conclusions du procès fédéral tenu aux États-Unis conduisent à réévaluer la pertinence de certaines hypothèses avancées au début de l’enquête.
Une démarche engagée depuis plusieurs semaines
Ces nouvelles correspondances interviennent après l’envoi, le 22 mai 2026, de lettres adressées au New York Times, au Miami Herald et à Noticias Caracol, dans lesquelles Me St Juste demandait déjà aux médias concernés de revoir leurs sources, de clarifier certains éléments de leurs reportages et, le cas échéant, de présenter des excuses à leurs lecteurs ainsi qu’au peuple haïtien.
Pour l’avocat, la question dépasse le seul cadre de l’assassinat de Jovenel Moïse et touche à la crédibilité du journalisme d’investigation à l’ère de la désinformation.
« Lorsqu’un récit journalistique repose sur des sources qui se révèlent infondées ou incompatibles avec les faits établis par la justice, les médias ont le devoir de procéder aux corrections nécessaires afin de préserver la vérité et la confiance du public », soutient-il dans ses différentes correspondances.
À ce jour, aucune des institutions internationales concernées n’a publiquement réagi à ces demandes de réexamen des distinctions accordées en 2022.